la couverture originale de CharlElie

la première proposition de CharlElie et la bonne !

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RIEN À VOIR AVEC LA CHANCE…

Devenir un artiste n’a rien à voir avec la chance; mais avec le désir et du travail…

Je suis entrain de lire LIFE, la biographie de Kheith Richards, le guitariste leader des Rolling Stones. Les quatre premiers chapitres sur son enfance et le début de son adolescence passées à Dartford près de Londres sont passionnants. Ils me confortent (dois je le répéter encore ?) qu’on ne devient pas un artiste par chance pour un hasard heureux ou/et malheureux.

Fils unique d’une famille pauvre et pas très unie, Keith dans les années 50 ne rêve pas. Son grand père Gus gratouille une vieille guitare. Lui, Il aime le blues de Chicago. Il aime des bluesmen comme Muddy Waters, Howling Wolf, Lighting Hopkins, Buddy Guy,.. En fait il aime le son que ces musiciens produisent. Il entend un jour Heartbreak hotel sur la radio qui grésille et qui capte mal Radio Luxembourg. Dès lors il n’a de cesse que de vouloir en grandissant jouer aussi bien que tous ceux qu’il admire, et dont il traque les sons sur des radio minimalistes. Juste reproduire quasiment à l’identique, rien de de plus. Il ne sait pas jouer de guitare et l’approche de la musique ne se fait qu’au travers des quelques accords que lui apprend son grand père Gus, et particulièrement par le morceau « Malaguena »… Mais il va pouvoir s’acheter une guitare bon marché à cordes nylon. Il ne cherche pas à devenir un artiste, juste égaler ses maitres à jouer… et ils sont nombreux, Chuck Berry arrivant en tête de liste. Il se forge une véritable palette de maitres en essayant de comprendre comment ils font pour sortir de tels sons de leurs instruments et de toucher l’âme de de celui qu’il écoute. Faire pareil c’est tout… C’est tout ce qu’il veut.

Et ceci est fondamental pour moi aussi. On ne peut pas écrire, composer, peindre, sculpter, danser, sinon n’a pas des références, des maîtres que l’on veut égaler. imiter, copier est la base, je pense. Reproduire à l’identique est le B.A-BA. On ne se balance pas poète, écrivain, sculpteur, peintre, cinéaste, comédien, musicien…, si on en a pas le désir d’abord, et si ensuite en n’essaie pas à force de travail, d’acharnement répétitifs de reproduire ceux qu’on aime au point de s’y confondre un jour et de se superposer et pourquoi pas, de les égaler… Keith Richards n’a pas cherché à être ou devenir  une vedette de la guitare électrique.. Au début, il voulait juste jouer comme ceux qu’il admirait, être leur égal techniquement.

De nos jours, de notre siècle, le moindre mec qui monte sur scène se prend très vite pour un show man, un comédien. Le moindre gugusse qui couche quelques malheureuses lignes sur une feuille blanche avec des jeux de sonorités lexicales, se balance rappeur ou slameur, juste parce qu’il fait sonner deux ou trois mots côte à côte, et ressasse des thèmes éculés sur la révolte, l’amour ou le mal de vivre, le destin … Une caméra vidéo numérique et voilà que certains s’imaginent cinéastes ou vidéastes. Trois griffes de pinceaux sur une toile et d’autres sont Kandinsky ou Picasso. Pour peu qu’un faiseur de fric se balance producteur et voilà nos artistes nés comme des champignons sur du fumier, comme des paramécies sur des eaux stagnantes; penser qu’ils confinent au génie parce que les voilà éclairés par des projecteurs de pognon devant un public qu’on a matraqué à coups de pubs et d’attaché(e)s de presse. Mais, derrière ces pseudos artistes, un talent vaseux, aucun génie ou alors quelques flash fugaces par ci, par là.

Tous les grands artistes sont les héritiers, les descendants d’artistes eux mêmes descendants d’autres artistes, qui se sont damnés pour vivre de leur art en bossant, en écumant leur vie au point de la perdre parfois. Tous s’étaient réclamés avec raison de maîtres qui leur avaient ouvert la voie, la voix, qui leur avaient tenu la plume ou le pinceau…

Croyez vous que Modigliani ait été Modigliani sans se référer à Toulouse-Lautrec ou Paul Cézanne ? Bukowski sans Dosteiëvski de qui il se réclamait ? Scorsese sans Cassavetes ? Elvis  sans les chants d’esclaves vendus par des Négriers ? Les Beatles sans Elvis ? Renaud, Souchon, Cabrel, Le Forestier, sans Brassens. Brassens lui-même, sans François Villon, Jean Richepin et les classiques? François Béranger sans Félix Leclerc? Bob Dylan sans Woody Guthrie ? La Fontaine sans Esope ? Molière sans le théâtre Grec ? Ferré sans Baudelaire, Aragon, Villon ? Leonard Cohen sans Irving Layton ou Garcia Lorca ?  La liste est interminable, non exhaustive. À chaque créateur artistique peut être associé, celui ou celle qui l’a influencé et qu’il a essayé, non de plagier, mais de se rapprocher au plus près. On ne compte pas le nombre d’écrivains ayant voulu écrire comme ce salaud génial de Céline ?  À chaque artiste dans sa spécialité, il y a des maîtres, des précurseurs et le désir d’être au même niveau à force d’acharnement, de travail. 

Les artistes nés d’un génération spontanée due à une époque, un concours de circonstances, un coup à faire n’ont aucune consistance sinon celle que le fric dépensé par leur(s) producteur(s)  (trice), et qui leur donne l’illusion d’être dans la cour des grands ou légal des monstres de l’Art. A fortiori quand, prématurément une récompense, une médaille un trophée vient de sûrcroit les conforter dans cette grande illusion. Souvent, très souvent, les plus grands passés à la postérité n’ont jamais ni été récompensés, ni décorés, ni adoubés. Certains ont refusé ces honneurs; Sartre reste le plus célèbre avec son refus du Prix Nobel de littérature.

Nombre de Jazzmens ont cherché toute leur vie la « Note bleue », comme les chevaliers de la table ronde ont cherché le Saint Graal. Il en va de même de celui qui se dit artiste: atteindre le Nirvana de la création est un chemin fait d’humilité, de labeur et de détachement du matériel qui va du fric au confort matérialiste. il en va d’abord de leur survie. Sans Création, ils meurent.

Dans ma pseudo démonstration sans prétention, certes je pense à des « artistes » entre guillemets, reconnus, adulés et installés dans leur notoriété. Des artistes de tous genres: musique, théâtre, cinéma, écrivains, poètes, (rappeurs, slameurs), peintres… Ma tête de turc la plus connue est naturellement Marc Lévy dont je ne rate jamais une occasion de moucher.Je ne citerai pas les autres. Mais beaucoup dans tous les domaines, me hérissent le poil et je ne suis pas loin de sentir quelque chose de l’ordre de l’injustice pour tous ceux et celles qui bossent et bossent encore pour frôler la note bleue, la phrase divine, l’émotion suprême.

Je sais qu’on me classe parfois dans le clan des aigris… mais, je n’ai jamais eu la prétention de savoir composer ou écrire ( essais, nouvelles, théâtre, chansons, articles, romans…) J’ai voulu juste, moi aussi, à un moment ou à un autre côtoyer par leur style tout en essayant d’avoir le mien, ceux et celles qui m’ont fait écrire ou chanter; les approcher par mon travail pour juste à mon niveau, transmettre un ressenti, une émotion, une tranche de vie. Et j’ai toujours été chapeau bas, envers ceux qui m’ont aidé sur ce chemin. Brassens, Cohen, Fante, Bukowski, Modiano, Djian ( 1ere période) Ferré, Cartier-Bresson, Diane Airbus, Marc Pataut, CharlElie Couture, Philip Roth, Paul Auster (1 ere période), Lacan, Freud, Springsteen, Dylan, Woody Guthrie, Romain Gary, Pete Seeger, Molière, Peter Brook, Philippe Léotard, Higelin, Moustaki, Béranger. Je les cite comme ça me vient, sans mettre une quelconque hiérarchie dans leur travail ou leur influence.

Que serais je sans eux à la rencontre de qui je suis allé et qui d’une certaine manière sont venus à moi ? Sans doute rien de plus que maintenant, car je ne suis pas connu du plus grand nombre, mais je sais aussi et vous ne le savez pas, que même si je ne suis rien littérairement parlant ou musicalement chantant, ils m’ont permis d’avancer sur le chemin de la création et je suis heureux de ne pas me regarder dans un miroir aux alouettes éclairé par des faiseurs de fric manipulateurs. Je sais aussi que grâce à eux, certains de mes écrits ( roman, nouvelles, chansons, théâtre…) ont touché à un moment de leur vie, certain(e)s inconnu(e)s qui ont osé tourner le dos, un instant aux marchands, aux marketteurs, à l’illusion médiatique pour prendre le risque de découvrir quelques unes de mes phrases, de mes douleurs ou joies dispensées par un stylo, une machine à écrire, une guitare, un appareil photo, un ordinateur…

Que ce public dans l’ombre, s’il tombe sur ces malheureuses lignes venues de mes tripes, de mon trip et bien sûr des mes réflexions et de mon travail soit salué, remercié et béni.

COPYRIGHT Albert Labbouz pour desespoir productions. Août 2014

 

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SCHIZOPHRENIA ARTISTIQUE… à F.M

Un artiste. Un Auteur. Un Créateur.

Entrer dans le rêve de la création; écrire, filmer, chanter, peindre, sculpter, danser…

Peut-on être sûr que l’artiste qui transcende son désir de créer soit le même que celui qui va offrir le fruit de son travail au public ? Nombre d’auteurs, d’acteurs, de poêtes, de cinéastes, d’artistes  se sont réfugiés derrière un pseudo: Bukowski/Chinaski, Jean Baptiste Poquelin/ Molière, Charlie Spencer Chaplin / Charlot, Proust/Marcel, Romain Gary/Emile Ajar, Gainsbourg/Gainsbarre, Monique Andrée Serf/Barbara, Jean Tennenbaum/Jean Ferrat, Fabien Marsaud/Grand Corps Malade, Renaud Séchan/Renaud, Jean Philippe Smet/Johnny Hallyday, Alex Christophe Dupont/Leos Carax, Georges Prosper Remi /Hergé, Louis Ferdinand Destouches/Céline, Robert Zimmerman/Bob Dylan, Bertrand Charles Elie Couture/CharlElie, Boris Vian /Vernon Sullivan, Allen Stewart Königsberg/Woody Allen, François Truffaut/Antoine Doinel, Don Diego de La Vega/Zorro, Albert Labbouz/Paul une autre pensée ou Albert L … et j’en oublie, bien sûr… Pourquoi ce besoin de signer d’un autre patronyme quand on se dit, ou se veut artiste ? N’est-ce pas, quelque part, marquer cette différence avec l’anonyme qui n’a pas réussi à passer dans le monde des Happy Few ? N’est ce pas aussi une façon de disculper l’anonyme que nous avons été des conneries éventuelles que pourraient créer l’avatar que avons auto accouché et vice versa: l’avatar se démarque des dires de son créateur. L’avatar s’élève et rabaisse l’anonyme qui n’a pas été touché par la baguette de la culture. Ne doit on pas y voir une schizophrénia protectrice ? Nous ne sommes pas qui nous avons voulu être, nous voilà devenu le mutant parfait dont nous avons toujours rêvé. Caché derrière son pseudo, son avatar, on peut se permettre tout ou presque tout avec cette excuse indéfectible: ce n’est pas tout à fait nous même. Grand Corps Malade avoue lui même qu’il ne soupçonnait pas être aussi impudique dans ses écrits alors que dans la vie, on le perçoit comme discret et disert sur sa vie hors de scène. Est ce Jean Ferrat ou Jean Tenebaum qui chante Nuits et Brouillard ? Est ce Monique Cerf ou Barbara qui par le biais de la poésie nous livre sa blessure dans l’Aigle Noir ? Qui peint « les corbeaux ? » Vincent ou Van Gogh ?

Personnellement, quand j’écris, je ne sais plus très bien qui écrit, si c’est le Albert Labbouz dont l’identité civile est confirmée depuis 1954 ou bien quelqu’un qui a les traits de cet Albert mais qui va chercher au plus profond de lui même des images mises en mots dont j’ignorais même qu’elle existaient en moi, enfouies par je ne sais qui. Il m’est arrivé parfois d’avoir recours à des pseudos: Albertine quand j’ai écrit pour la presse adolescente dans les années 80,  Albert L. dans certains articles ou Paul une autre pensée quand j’ai naïvement sous couvert d’un compte twitter, dénoncer le système inégalitaire dans la création et la diffusion de la création quand on n’est pas signé par une major, et que des staffs d’attaché(e)s de presse s’occupent de vous pour vous mettre en pleine lumière dans les médias, quel que soit votre talent, alors que des anonymes créateurs triment au quotidien pour  tenter de faire connaître leurs chants ou leurs écrits. On a alors assimilé Paul à Albert Labbouz et amalgamé l’avatar et son créateur. Paul ne s’attaquait pas aux artistes et à leurs oeuvres, mais au système gangréné par le show biz et les médias officiels. Et pour être mieux compris Albert à tué Paul puisque celui ci n’avait pas su traduire le fond de sa pensée. Parfois les avatars se vengent de leur créateur. Romain Gary a aussi tué Emile Ajar qui lui a volé tout son talent d’écrivain, Boris Vian est mort, assassiné par Vernon Sullivan dans un cinéma où se projetait « J’irai cracher sur vos tombes ». Combien en a-t-on voulu à Chaplin d’avoir démaquillé Charlot dans « Limelight ».

Mes hypothèses qui fondent mon intime conviction, et si celui qui  écrit cela se fait bien comprendre, sont les suivantes: Etre artiste, monter sur scène, c’est admettre la dualité de ce que sont les artistes, c’est aimer leur schizophrénie et penser qu’elle les protège. C’est aussi avoir l’illusion qu’ils ne sont qu’un avec eux mêmes et celui qui leur permet de briller dans les yeux des autres: public, lecteurs… et c’est précisément cette même illusion qui fait basculer l’un ou l’autre de ce qu’ils sont dans les ténèbres. Pourquoi les suicides de Patrick Dewaere, de Romain Gary, de Montherlant ? de Romy Schneider, de Dalida, de Nino Ferrer ? La déchéance de Philippe Léotard, de Bukowski? Les mensonges de Lavilliers ? L’alcoolisme de tant et tant d’autres ? Pourquoi, sinon cette schizophrénie mal assumée ?

Même si les chemins de la création peuvent parfois, mener à ces extrêmes, il faut assumer et revendiquer la schizophrénia des artistes, des étoiles qui nous attirent. Il faut que les artistes eux-mêmes admettent cela.

Il me semble alors, qu’avant de fusiller, pour une quelconque raison, un artiste, un avatar ou son créateur, il serait bon de s’interroger de quelle place doit on voir « qui écrit » ou « qui peint » ou plus généralement « qui crée » et ne pas juger et condamner à l’emporte pièces.

Qui serait assez menteurs ou de mauvaise foi pour oser dire, écrire ou chanter: « L’artiste et moi on ne fait qu’ un ! » ?

Juin 2014 copyright Albert Labbouz pour désespoir Productions.

 

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Entrer dans le cadre…nouvelle rencontre avec Dominique Besnehard

Je ne l’ai appris qu’en arrivant à Cosne sur Loire, ce samedi 31 mai pour continuer à dédicacer mes rencontres et mes jardins, Dominique Besnehard serait là le dimanche pour signer son livre Casino d’Hiver. Dominique Besnehard, il est dans mes rencontres étoilées de la page 93 à la page 97. Alors je me suis dis que c’était le moment de lui faire lire le passage le concernant, mais je me souvenais que son chapitre sans être méchant, se voulait grinçant; j’ironisais sur le personnage, sur sa façon de parler, sur ses promesses de nous faire figurer Totoche et moi dans un film. Je sentais l’importance du bonhomme qui débutait dans la carrière de directeur de casting, mais qui avait déjà un petit pouvoir de pousser devant les caméras et les projecteurs de jeunes débutant acteurs avides de gloire de célébrités et… surtout de cinéma. J’ai donc relu le chapitre, me promettant que dès son arrivée, je lui remémorerai ces années 80 où nous le croisâmes plusieurs fois dans des bureaux de productions ou des castings, abandonnant des photos noires et blanches de nos tronches de futures vedettes. Nous l’avions d’ailleurs taggué tel quel sur un mur des studios de Boulogne: TOTOCHE ET ALBERT FUTURES VEDETTES ! Et à la relecture du chapitre, je me suis rendu compte à rebours, combien mon désir avaient été liées à ce fol espoir de briller chaque fois que je rencontrai Dominique Besnehard. Il aurait fallu d’un rien, d’un oui, d’un essai propulsé par lui pour que tout bascule, peut-être… et que j’enclenche qui sait, grâce à lui une carrière. Mais Dominique Besnehard nous a toujours laissés avec cette espérance folle sans jamais nous dire ni oui ni non… Et la nave va, la vie a continué, les chemins se sont poursuivis et je n’ai jamais fait de cinéma tandis que lui à continuer crescendo sa carrière de directeur de casting, puis d’acteur et de producteur devenant l’indispensable monsieur du cinéma français tant en matières de découvertes que de projets. Je l’ai relu deux fois mon chapitre et je l’ai trouvé un peu prémonitoire et je me suis dit que s’il le lisait, et que s’il s’en trouvait égratigné après tout ce n’était qu’un juste retour des choses, mais sans méchanceté; pas une vengeance, pas une aigreur, mais un gros soupir qui signifierait » ce n’était pas le bon moment… »

Dès son arrivée et avant que le public ne se jette sur lui, pour obtenir sa griffe, je suis allé le voir à table:  » Je ne sais pas si vous avez bonne mémoire, lui ai je dit… »

-j’ai une excellente mémoire, me répondit-il

-dans les années 80, je voulais devenir célèbre en faisant du cinéma et nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, vous m’avez souvent casté(de casté à castré, il n’y a pas loin ( ndla)) sans me choisir. Vous m’aviez même donné votre adresse et votre numéro de téléphone. Vous habitiez 13 rue des cinq diamants…

- 45 rue des 5 diamants. Vos yeux me disent quelque chose, ajouta t il… comme pour justifier qu’il avait de la mémoire.

- je ne suis pas devenu célèbre, mais j’ai écrit un livre et vous êtes dedans…Un chapitre vous est consacré.

- Vous etes où ? à la table là bas?  je viendrais vous l’acheter…

Et puis les premiers lecteurs sont arrivés et je l’ai laissé à ses signatures. A ce salon, il y avait Nadine Trintignant, Serge Riaboukine ( le méchant de la tour Montparnasse infernale) et Marcel Amont qui se sont empressés de venir l’embrasser.

Je suis retourné à ma table guettant mes lecteurs à moi. Et je l’observai Dominique. Pendant un creux il se leva, en passant devant ma table, il me dit: » je vais venir vous l’acheter » et il s’éloigna, alla vers Marcel Amont deux tables plus loin, il lui acheta son livre et aussi le livre de sa voisine et le livre de Rabioukine… mais pas le mien. Il me rappela cette époque où, surchargé il nous disait qu’il allait revenir, il allait nous recevoir, qu’il allait venir nous voir dans nos pièces de théâtre amateur. Je le raconte dans le chapitre page 93 à 97, et il ne le faisait jamais. Alllait-il recommencer à me faire espérer ce qu’il ne pourrait pas tenir, encore ? Ah… la parole… les promesses du cinéma… L’illusion de la gloire…Et près de 30 ans plus tard, que pouvait il encore pour moi ? qu’attendais je de lui ? les réponses étaient simples: Rien. Mais bon… voir ses yeux se poser sur mon écrit, lui qui savait quand même la torture des jeunes acteurs en devenir, de rester dans l’ombre. Je le savais qu’il comprenait, je savais aussi que cet homme n’était pas mauvais, ni prétentieux.

Il est revenu un peu avant midi et il m’a dit: « faut que j’aille tirer de l’argent, je le prendrai cette après midi. » J’ai souri. Il est allé déjeuner et moi aussi avec tous les auteurs présents au salon. J’ai pris bien soin de l’éviter, d’éviter son regard de ne pas manger à sa table. Je ne voulais qu’une sorte de gêne s’installe entre lui et moi. Il me l’achètera ou pas, le livre. Quelle importance. J’ai cogité sur une dédicace au cas où… Revenu au salon je griffonnais un brouillon sur la nappe: ça parlait forcément d’étoiles, d’espérances et de cinéma …

Et je n’ai plus attendu. il a continué à signer, mais quand je ne m’y attendais pas, il se tenait devant moi, tendant un billet de 20 euros, il m’a de nouveau tutoyé quand je lui ai dit que je lui faisais sa dédicace. « je repasse le prendre », me dit il, mais avant qu’il parte. Je lui ai demandé s’iil connaissait mon cousin directeur de production à la Gaumont. Là, ce fut un immense bonheur de réentendre le Dominique Besnehard que je décris dans rencontres étoilées, avec son chuintement et sa faconde: «  Zsje… l’adorrre sche gars… je l’adorrre vraiment…il est formidable et sjchgentil comme tout… »

J’ai eu le temps de terminer sa dédicace que j’ai recopié discretement sur la table où je l’avais griffonnée.

Un peu plus tard, je l’ai vu lire des pages de mon livre et une incompréhensible pression est montée. D’autant qu’il montrait les passages de mon livre à une inconnue assise à côté de lui et qui riait beaucoup. Se moquaient ils ? Etaient ce des sourires d’approbation de mon ou de mes anecdotes ? J’ai attendu  que la femme, dont j’appris plus tard qu’elle était aussi une directrice de casting s’occupant du festival de cinéma de Cosne sur Loire, soit partie et je suis allé le voir pour lui parler de cette pression…

 » Zche suis en train de lire ce que fui écris sur moi… tu cites tous les castings de l’époque, c’est bien. »

Je ne sais pas pourquoi j’ai voulu me justifier et je lui ai dit qu’il fallait prendre tout ça avec de la distance, que je savais qu’il avait de l’humour, que ce n’était en aucun cas méchant ce que j’avais écris. Je ne sais pas si j’ai bien fait, le lecteur quel qu’il soit est libre de prendre les mots de l’écrivain comme il les reçoit lui, avec sa sensibilité, son humeur et ses à
priori. Mais l’auteur se questionne toujours: mes lecteurs vont ils aimer ? Ai je fait mouche ? Me suis je planté ou pas ? Il n’a rien dit et je suis retourné m’asseoir.

Quand il eut fini le chapitre, nos regards se croisèrent et de la main, il leva le pouce en l’air comme un signe d’empereur romain. Je ne veux pas penser que c’était hypocrite. Tous les gens de cinéma ne sont pas forcément menteurs. La femme à côté de lui n’était plus là et je ne saurai jamais si elle se moquait ou trouvait mes écrits cocasses.

Peu après, ma dédicace j’ai demandé à mon éditeur de nous prendre en photo. Drôle de photo. Dominique met le  bras sur mon épaule, je suis de l’autre côté de la table, de l’autre côté encore et toujours, je me penche pour être dans le cadre au plus près de lui. Je suis vraiment l’anonyme ordinaire qui essaie de rentrer dans le champs, d’approcher ce monde qui ne m’a jamais été ouvert une bonne fois pour toute. Lui, l’empereur, le pape des directeurs de castings, le loup blanc du cinéma français trône au milieu du cadre, effleurant de la main, celui qui n’a toujours vécu que pour et par son inaccessible rêve.

Signature Dominique Besnehard salon de Cosne sur Loire 1er Juin 2014

copyright ALBERT LABBOUZ pour désespoir productions.

 

 

 

 

Entrer dans le champs avec Dominique Besnehard salon de cosne sur Loire 1 er Juin 2014

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LA NOUVELLE PESTE …

La mémoire est courte. La société est alzeihmer. Il serait temps de relire ALBERT CAMUS.

« … Car il savait que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparait jamais, qu’il peut rester des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge qui attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs, où pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »

Et bien voilà… La prophétie débarque. Insidieusement, elle s’est répandue depuis un moment, la peste. Elle s’est maquillée, s’est travestie pour nous séduire. Elle a tué le père. Elle est allée chercher de la jeunesse. Elle a cajolé les vieux, les vieilles, les a hypnotisés. Elle a dépoussiéré les vieilles peurs et a parlé autrement pour se rallier les campagnes, les villes et les cités. Elle s’est trouvé des boucs émissaires tout frais. Elle a rallié des copains-rats dans les autres nations en crise. Elle s’est refait une notorioté. Et on lui a ouvert des portes, déroulé des tapis rouges, offert les unes des médias et de la presse aveuglés par le scoop avenir. La peste au pouvoir, cela ferait de beaux articles, de beaux reportages. Ah… si nous avions eu la modernité dans les années 40, quelle télé réalité géniale d’aller filmer dans les camps, d’interviewer les bourreaux … Que de twitts ou de murs sensationnels sur des facebook vert de gris auraient ils pu écrire, certains médias avides d’audience et finances.

D’une poignée, les rats se sont multipliés et se sont mis à danser avec les loups pendant que les bergers et les troupeaux perdaient leur temps à s’étriper pour acquérir de nouveaux pâturages. Perdus sur leur sommet égotiste, ils ne regardaient plus dans les vallées sinistrées où la peine, le manque de travail et parfois la misère avaient asséché les rivières et l’amour. Les villageois désertaient alors ou se ralliaient à la marée noire. Leurs enfants se perdaient dans des paradis numériques, chimériques sans tirer les enseignements des leçons du passé qu’ils ne connaissaient pas, ou alors empiriquement à travers des comédies musicales aveuglantes, des chanteurs, rappeurs et slameurs trop occupés à gérer leur carrière médiatique. Les mots qui font réfléchir, l’histoire, les luttes, les résistances étaient pour beaucoup d’entre eux de vagues notions scolaires qu’ils avaient zappées.

Les loups et les rats avaient semé la graine de la peur et de l’angoisse et ils avaient laissé éclore une fleur pestilentielle qui allaient manger les bourgeons et les récoltes d’espoir, si… si… si… dès à présent des millions de joueurs de flûte de Hamelin ne se levaient pour les amener se noyer dans les fleuves d’union et de combat.

Ceux et celles qui désormaient hurlaient avec les loups et dînaient avec les rats, savaient-ils qu’ils ne pourraient plus trouver dans leurs madiathèques leurs livres préférés,  voir en concert leurs poêtes aimés, trinquer avec leurs amis d’ailleurs, marcher ailleurs que sur les trottoirs, aimer comme bon il leur semble qui ils désirent, chanter dans les rues ? … Savaient ils que la liberté des loups et des rats est étriquée, que la fraternité et l’égalité des rats sont éphémères car ils finissent par se manger entre eux ?

Il serait temps pour TOUS et TOUTES de vraiment comprendre ces trois mots: LIBERTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ  et de s’en servir comme des tresses de gousses d’ail pour  chasser les vampires, comme de la mort aux rats, comme du soufre et du camphre pour repousser la peste.

Mai 2014. copyright Albert Labbouz pour desespoir productions

 

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Toujours au firmament… un nouveau témoignage sur rencontres étoilées…

Salut l’artiste ! La tête dans tes rencontres étoilées�, lues à la vitesse de la lumière. Et j’ai cru retrouver un frère de gémellité. Dylan, Cohen, Lavilliers, Renaud, Allwright, les mêmes références « on the road again ». La guitare en bandoulière. Et l’auto-stop, ça ne roule pas toujours…
Même si Graeme était fatigué et sans doute un peu bourré, peu importe, il faut toujours recommencer. Ses chansons restent, si fortes. Surtout quand il chante le grand Léonard. J’ai chanté à la guitare « Buvons une dernière fois » pour mon départ en retraite… Mais la retraite n’est qu’un changement d’activité bien sûr et place entière à l’écriture !
Si les Françoise ou autre Julie n’ont pas compris à l’époque, peu importe, d’autres arrivent toujours sur la route. L’amour c’est comme la mort, c’est incontournable dans une vie, comme chante le Québécois Latraverse.
Les stars nous inspirent et nous donnent de l’énergie, mais finalement je pense qu’on est plus heureux au bas de l’échelle. On fait ce qu’on veut et tout le monde s’en fout. On peut prendre un verre avec Jane sans aucun paparazzi…
Je te souhaite une longue continuation et beaucoup de création, « always lively and cheerful! », comme disait ce cher Henry Miller.
Bernard Delattre, modeste auteur de « Bob, Tina, Mick, Johnny, Hugues… Et nous !!! » (chez Grrr…Art, le meilleur éditeur de tout l’Ouest!).

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LES MOTS de BABEL…ils tuent, ils sauvent.

Depuis que j’écris je me pose encore la question de savoir comment sont interprétés mes mots. Le processus d’écriture n’est jamais évident contrairement à ce que certains disent. Moi, je pense les mots, je les panse comme si je devais les soigner pour qu’ils puissent guérir ceux qui vont les lire. Que ce soit une fiction, une lettre, un commentaire, une pensée, j’essaie aux mieux de me faire comprendre pour que dans l’absolu il n’y ait pas de double sens, de contre sens, de faux sens; pour que tout ce que je validerai aille dans la même direction. AÏE ! Hélas, la pensée n’est pas unique, et le chemin de mes phrases à la vue d’autrui, à son entendement, par je ne sais quel travers,  subit des perturbations, à tel point qu’à l’arrivée dans le cortex cérébral de l’autre, mes phrases n’ont parfois plus le même sens. Elles me reviennent alors parfois en pleine gueule, et on me soutient mordicus que c’est bien ce que j’ai dit ou écrit, comme si je n’avais pas été l’auteur de mes mots. Le pire c’est qu’avec mes propres mots, on me recompose, on dresse un autre portrait de ce que je suis ou pense être. Les plus affables m’enjoliveront et ma modestie verbale essaiera de discerner la vérité de la flagornerie. Mais, d’autres, et ce sont les plus dangereux, car ils seront les plus écoutés, les plus crus, dessineront un être ignoble, indigne, mauvais, comme une sorte de contre-masque de leur propre moi. Ils dessineront, et me renverront leur Mister Hyde personnel. En psychanalyse cela s’apparente au transfert: projeter sur l’autre nos propres démons, pour s’en débarrasser, car tous autant que nous sommes, luttons toute notre vie pour dispenser sur autrui une image « sympa », « cool », lisse, généreuse et avenante de nous mêmes. Alors, comme il est facile de retourner les mots contre son auteur en les détournant de leur origine, de leur originel, de leur originalité. Comme il est facile de les sortir de leur contexte pour leur faire dire nos propres pensées. Là les mots tuent. Ils tuent car l’auteur des mots, des phrases,  des textes, des pensées, des lettres devra se battre sans cause pour rester vivant, intègre et éviter que ce poison se propage au point de dessiner un autre portrait de lui-même que les autres s’empresseront de prendre pour argent comptant.  Saura t il  éviter un suicide réel ou littéraire ? De là, naissent les rumeurs, les  visions tronquées  de soi, les mauvaises opinions, les on dit et les à priori.

 » J’aime les a priori pour qu’ils soient dépassés » slame Grand Corps Malade. J’aime cette phrase, mais hélas, mille fois, hélas qui sait dépasser ses a priori ?

Comment de simples mots écrits peuvent ils être détournés de leurs sens au point de juger son auteur ?

 Avant de porter un jugement sur la vie de quelqu’un, mettez ses chaussures, parcourez son chemin, vivez son chagrin, ses doutes, ses fou-rires… Parcourez les années qu’il a parcouru et trébuchez où il a trébuché, relevez vous tout comme il l’a fait … Et seulement là vous pourrez le juger

J’aime cette citation car le parcours d’écriture d’un auteur, mon parcours d’écriture, quel que soit le support: fiction, lettre ou mail, essais, commentaires ressemble à ça. Et naïvement je pense que mon lecteur, ma lectrice avant de me juger parcourra mon chemin d’écriture. Quel rêveur, je suis ! C’est vraiment nier mon travail d’auteur que d’abimer mes mots au point de les retourner contre moi:  » Tout ce que vous direz pourra être retourné contre vous : » dit-on au présumé coupable. » Alors ? faudrait il que je me taise, que je travestisse ma confiance en mon lecteur, ma lectrice au point de leur mentir moi aussi ? Tel n’est pas mon avis, car quand je veux utiliser mes mots pour faire mal, pour blesser, je sais aussi le faire, l’écrire. Faudrait il que j’écrive uniquement pour faire plaisir au lecteur, à la lectrice le/la caresser dans le sens du poil, être consensuel… Faire le beau ? Je laisse le soin de ce genre d’écriture à Marc Lévy et à tous ceux et celles qui écrivent pour bien se faire voir et s’attirer les bénédictions des foules.

Une autre citation:  » L’écriture c’est vache, ça salit tout. » écrivait Blaise Cendrars. Mais, il est évident qu’on n’écrit pas pour salir, le sale, ce sont ceux qui lisent mal ou lisent en croyant tenir un miroir, qui le propage. Je ne dis pas non plus, qu’un auteur écrit propre. J’ai adoré Bukowski parce que sous des dehors sales, son écriture était pure et limpide. Les mots, les actes, les idées qu’il couchait sur sa machine à écrire au delà de leur signifiant souvent obscènes brillaient d’un absolu littéraire fantastique.  Dante, Lautréamont, Hugo, Zola, Ferré et d’autres génies étaient-il obscènes quand ils écrivaient leur vision du monde, de la vie, de l’amour, de la mort ? Je sais qu’on peut ne pas être d’accord avec ça, mais personnellement et comme beaucoup d’autres, je l’ai toujours ressenti comme cela. Et je le dis.

Aujourd’hui j’écris ce texte sur mon blog, car on m’a fait mal en utilisant contre moi, mes mots, mes phrases. Je ne suis pas le premier, je ne suis pas le dernier, mais je reprends mes armes-mots pour dire que rien, ni personne ne m’empêchera d’écrire ce que je ressens, le monde tel que je l’espère, l’amour tel que je le rêve, l’amitié et la fraternité telles que je souhaite la vivre.

Encore une citation de Grand Corps Malade:

« J’aime les convictions quand elles se sentent menacées. J’aime sentir la fragilité dans certaines attitudes. J’aime bien les êtres humains n’ qui n’ont pas trop de certitudes. »

Écrire, c’est croire que la Tour de Babel atteindra le ciel et que les mots sont des briques salvatrices qui n’ont pas besoin de ciment pour que nous puissions nous comprendre sans nous faire du mal.

Copyright Albert Labbouz pour désespoir production MARS 2014

 

 

 

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Quand une étoile s’éteint…

Quand un ami, un copain ou une vieille connaissance perdue de vue meurt, c’est irrémédiable, cette perte me projette en arrière dans ce passé qui est parfois passé inaperçu. Outre la tristesse, la surprise peinée qui est ma première réaction, ma mémoire va puiser dans mon oubli. Elle y ressort fugacement des scènes, des images d’un autre temps, et comme un cadavre exquis, la disparition fait renaitre des fantômes aimé(e)s, un temps. Le projecteur cercle une époque défunte parfois futile quand elle a été vécue, mais qui prend une toute autre dimension les jours funestes où une étoile anonyme pour d’autres s’éteint. C’est souvent des rires qui émergent, le rire du disparu, de la disparu(e) d’abord… et je tire le fil et revois et revis si je laisse tomber le O, des moments enfouis, enfuis, mais pas enterrés. Cette mort, ce décès comme on le dit pudiquement a une force de vie incroyable, la vie retrouve le O et la voie s’éclaire. Quand le x apparaît, les voix se font distinctes. Au rires se mêlent des mots, puis des lieux et des moments. Le souvenir doit sûrement naître là. Oui, la mort donne naissance.

Cette semaine de début d’année 2014 plusieurs naissances m’ont affectées: Pete Seeger, François Cavanna, Philip Seymour Hoffman et Christophe M.

L’âge ne veut rien dire car si François et Pete avait plus de 90 ans, Philip n’en avait que 46 et Christophe 58. Les raisons de leur départ sont toutes aussi différentes: Vieillesse, Overdose, longue maladie comme disent les faux pudiques. Mais ces 4 étoiles avaient leurs mots, leurs chants, leurs films dans les raisons de mon chemin.

Pete d’abord… Il a été les bases de mon désir de musique, en faire, en chanter, enchanté… Il m’a ouvert au folk song que je chantais sur les pelouses du lycée avec ma Framus acoustique, en me prenant pour Leonard Cohen. Il m’a conduit à Woody Guthrie, à Bob Dylan et à Bruce Springsteen. Je l’ai vu dans les années 70 à l’Olympia, armé de son seul banjo cinq cordes, premier chanteur interactif avec la salle et  qui avait à coeur qu’on comprenne vraiment son engagement quand il nous racontait l’histoire d’Abi Yoyo ou qu’il nous emmenait à Guantanamera ( pas guantanamo, la guerre du Vietnam faisait rage…) ou dans les savanes africaines où le lion était mort ce soir Winmoweh. Pete c’était la lumière à côté de Françoise mon premier amour. Il y avait Felix Leclerc et Pete Seeger avec nous. Pete a toujours été là, moi l’anonyme ordinaire et quand je ressors ma guitare, seul chez moi, je gratte toujours une American Favorites Ballads, en pensant à mes amours envolés et à lui…:  Irene Goodnight, Which side are you on, So long it’s been good to know you…

François. Ah mes chères années 70, mes années Liberté, mes années souffrance, mes années engagement, mes années Hara Kiri, Charlie Hebdo. Douces années libertaires envolées où les mots et les idées n’avaient pas de limites. On pouvait rire de tout et oser sans que les pudibonderies des censeurs nous freinent. J’ai lu les ritals et j’ai commencé à écrire Mes jardins à l’Algérienne qui s’appelaient alors les jardins du manoir. J’ai pleuré sur des passages des Russkofs et j’ai reconnu mes amours dans Bête et Méchant. Je ne lui en jamais voulu à François, d’avoir essayé de faire taire Bukowski chez Pivot. Il l’a d’ailleurs reconnu lui même : » j’ai été con… » Et je revois mon père assis face à la table de la salle à manger lisant Cavanna, aussi. Ecriture vive, spontanée, sans fioritures, écrire comme on parle mais d’une écriture ciselée car il savait parler, et gueuler Cavanna. Il faisait passer ce message de liberté: on avait le droit d’être en colère et de le faire savoir. Et en pleine post adolescence, je ne me privais pas d’être en colère.

Christophe M. L’époque du centre aéré, l’époque de mes premières années d’instite aussi. J’avais connu son frère Marc avant lui au Collège d’Enseignement Général, le C.E.G, mais c’est avec lui que j’ai partagé quelques moments. J’ai cette image de lui tendant un verre de rouge à l’objectif d ‘un apareil photo, en riant lors d’une soirée au centre aéré, et cette autre image: les yeux pleins de larmes de joie quand il a accueilli sa petite fille qu’il avait adoptée. Il n’avait pas les mots Christophe tant il était ému. J’entends son rire aussi dans la cour de l’école Calmette à St Denis, quand Hervé B. racontait des conneries. On se croisait parfois rue de La Rèp’, à St Denis, et je retrouvais un Christophe militant pour que le logement soit digne pour les défavorisés et pour que la planète se préserve. Un Christophe grave car combatif. Je ne peux  le dissocier de noms et de moments personnels vécus pendant mon passage dans les écoles de Saint Denis… Hervé B. Martine et Philippe M. Muriel B. Madame C. la directrice de l’école.  Le temps a passé et les chemins ont continué. Comme beaucoup je ne l’avais pas oublié mais… Comme pour tout le monde la distance entre le passé et le présent devient un tel fossé qu’on ne voit même plus la ligne d’où on s’est mis en chemin.

Philip Seymour… Un acteur qui au détour d’un film où il n’a pas le rôle principal, vous en met plein la gueule tant il est juste, tant il bouffe ses partenaires. De films en films, il sait être un caméléon ( oui… camé…le léon… hélas…) enfilant la couleur du rôle: méchant, ambigu, pathétique, génial, rigolard. Oui, vous l’avez vu dans Big Lebowski, dans le Stratège entre amitié et magouille avec Brad Pitt, dans Mission Impossible, dans les marches du pouvoir, dans et surtout Truman Capote et dans Good morning England directeur de radio Libre. Libre trop libre pour les bien pensants. Overdosé, Philip Seymour. Il commençait à prendre sa place dans mes références ciné. J’étais en colère, saisi d’ incompréhension avec cette envie de dire  » Pauvre Con ! « … comme à un ami qui s’est suicidé sans vous avoir demandé de l’aide et qui vous laisse alors que vous étiez certain que le meilleur de lui-même était devant lui. Ah…c’est pas facile la célébrité, ai je entendu dire. La célébrité ne vous tombe pas dessus, quelque part elle est recherchée. Et si elle vous fait un jour briller pour projeter quelques poussières d’étoiles sur nous, les anonymes, ce n’est pas un hasard. Elle a été créée pour nous faire rêver, pour nous faire croire que nous sommes tous un peu des étoiles pour autrui. Nous aimons les étoiles, parce qu’elles nous maintiennent en vie, la tête en l’air dans l’univers incommensurable. J’ai écrit ça dans mes Rencontres Etoilées, et j’y crois encore. Alors quand une étoile s’éteint volontairement, quand la lumière est ternie par le sang, il n’ y a pas d’excuses; juste une injustice, une terrible injustice de nous laisser dans la pénombre car de nous avoir fait croire au  rêve et de nous l’avoir retiré sans nous prévenir, c’est dégueulasse.

Pete, François, Philip Seymour, Christophe et d’autres que je cite à la fin de billet… étaient une partie de moi, je suis un puzzle de tous ceux-là, de toutes celles-là qui de près ou loin sont passés dans ma vie. Quand une étoile s’éteint, c’est un peu de votre moi qui s’effrite, qui se désagrège, qui disparaît.  Il reste une trace certes, mais la question se pose comme l’aurait chanté Woody Guthrie et Pete Seeger, tout comme ils nous manquent: Will you miss me when I’m gone…

Albert Labbouz pour Desespoir Production. 4 février 2014

Pour: Victor Gozlan, Jean Pierre Lévy, Joelle Lamini, Didier Falgas, Lionel Lebrun, Brigitte Rodriguez, Jean Yves Boutéraon, Patrick Benkemoun, Annie R., Désirée G.,  Georges Brassens, Philippe Léotard, Léo Ferré, Charles Bukowski, James Gandolfini, Coluche, François Béranger, François Truffaut, Federico Fellini, Jean Eustache,  Amy Winehouse, Nelson Mandela, Lou Reed, Willy De ville… Mon père, Mon Grand Père…

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