la couverture originale de CharlElie

la première proposition de CharlElie et la bonne !

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

OMBRES DANS LA NUIT. ( Est-ce cela vieillir, mister Dylan ? )

Non… je ne pouvais pas ne rien écrire là-dessus. Si on suit un peu mes articles sur ce blog, on se sera aperçu de l’importance que j’attache au temps qui passe, aux choses qui se transforment ou disparaissent, ou virent de bord. Certes l’inexorabilité de la machine temps démontre avec force que rien ne peut être comme avant et parfois tant mieux, et comme dit ma mère:  » on ne peut pas être et avoir été »… La nostalgie n’a rien à voir là dedans, bien sûr. On peut aimer ce qu’on a aimé autrefois et constater qu’aujourd’hui ce n’est plus pareil. J’aime toujours autant Leonard Cohen même si je constate que sa voix a changé, que sa révolte poétique des années 70 s’est muée en sagesse bouddhiste et fatalisme optimiste dans nos années 2000. J’ai cheminé avec lui, comme je chemine avec Springsteen ou Couture. Les autres comme Béranger ou Brassens ou Lou Reed ont rejoint les vraies étoiles pour une éternité méritée et leurs chants sont à jamais figés dans ces époque de notre jeunesse éloignée. Figés mais continuellement présents. Néanmoins, tous ces quelque peu modèles ou en tous cas influences sont restés tels qu’en eux mêmes, et je n’ai pas l’impression qu’ils aient eu recours à une quelconque chirurgie esthétiquement mentale pour rester eux même. Bref, il me semble, mais je peux me tromper, qu’ils ont su garder leur âme et qu’on les écoute en 1970 ou en 2000, si l’âge de leur artères est ce qu’elle est, en tout cas, ils sont bien source d’évocation de ce que nous sommes et sommes restés. Vous suivez ? Et puis voilà, fidèle à mes goûts et fors de ce que j’ai essayé d’expliquer plus haut, j’ai tout naturellement acheté le dernier BOB DYLAN:  » Shadows in the night. » Comme d’hab, sans me demander si c’était autre chose que du Dylan, que j’achetais et que j’allais écouter. Et même si je connais un tant soit peu le bonhomme et ses lubies, ses provocations musicales ( l’album Saved, l’album slow train is coming pour sa pseudo conversion au christianisme, et même l’inaudible et j’ose l’écrire  » l’inécoutable  » Dylan sings Christmas)…ou sa façon de massacrer en concert ses propres standards, renouvelant sans cesse son interprétation, l’instrumentation, voire même les mélodies, je m’en fous, je  me dis que DYLAN is DYLAN et tant pis pour Donovan. Je sais le bonhomme capricieux, secret, éternellement  » on the road » ( son show s’appelle le Never ending Tour, c’est dire). C’est Dylan revenu de la mort qui a failli crever maintes fois par delà, les drogues, les accidents de motos, les ruptures sentimentales, les producteurs qui tentent d’autres réalisations de ces albums; bref c’est Bob Dylan quoi, certes plus Robert Zimmermann de Greenwich Village ou Zimmy de Blonde on Blonde, ni même Bobby de Budokan. Dylan a vieilli, mais reste tel qu’en lui même. Certes dans  les concerts on adorerait retrouver son phrasé nasillard, son harmonica au tour du cou et sa guitare acoustique pour un bon  » Blowin’ in the wind« , mais bon, on accepte d’à peine retrouver la mélodie et on accepte même qu’il joue dans la pénombre et au piano électrique. Mais là, voilà  » Shadows in the night« , et patatras, le bonhomme par je ne sais quel lubie a décidé de nous chanter des standards du répertoire crooner de Franck Sinatra ! Je dis bien chanter, de sa voix éraillée! Il en mourrait d’envie depuis des années paraitrait-il… Je pense que les puristes du Folk Song lors du Festival de Newport, le temple de la Folk Music, le 24 JUILLET 1965, quand  Dylan était arrivé sur scène avec une guitare électrique, avec le Paul Butterfield Blues Band en éructant « Ain’t got no work in maggie’s farm no more« ont du éviter la crise cardiaque tant ils avaient le sentiment d’une pure trahison. Ben moi, je ne suis pas passé loin de ça. Je me suis dit que cela ne pouvait pas être une ultime provocation, une sale blague, non, il aurait été plus violent que ça, en s’essayant au rap ou à la musique dodécaphonique pour chanter Like a rolling stone, mais il aurait été DYLAN: THE REEL DYLAN ! Imaginez, je ne sais pas, Bruce Springsteen chantant du Céline Dion ou Bertrand Cantat s’essayant au répertoire de Julio Iglesias ou Mick Jagger reprenant Dean Martin, avec sérieux. Que diriez vous ? Moi, je me suis demandé, ce qu’on avait versé dans le whisky de Bob ou si on ne lui avait pas fait prendre trop de Zolpiderm avant sa camomille du soir dans sa maison de retraite. Et je me suis demandé, je n’aurai jamais la réponse, s’il ne se foutait pas de notre gueule, un peu tout même. Cela ressemble, pour moi, à un suicide. Je suffoque presque quand je l’entends chanter les feuilles mortes  » Autumn leaves… » J’ai l’impression d’être dans un épisode de la 4 eme dimension. Qu’est ce qu’ils lui ont fait ? Est ce cela vieillir ? Mort le Dylan que vous avez suivi, écouté, aimé et défendu depuis 1960. Sénile l’apôtre de la contre-culture ?  ça m’a fait le même effet  que lorsque j’avais appris que Mikis Theodorakis s’était affilié à un parti d’extrême droite en grec. Naturellement, je me suis précipité pour lire les critiques des spécialistes Dylaniens, convaincus qu’ils ne seraient pas loin de mon propos … Ben… non…les voilà qui criaient au génie: « Dylan rechantait… enfin… Dylan reprend avec élégance Frank Sinatra, Magistral… etc… » Et ils parlent de sérénité… De vieillesse pourrie, OUI !  Et puis j’ai appris que Dylan avait décidé que ce serait son dernier album studio. OUI, le dernier Dylan pour de bon !  Je me suis  d’abord posé la question de savoir si j’allais le mettre dans mon Ipod ? Ensuite, je  n’avais plus qu’à pleurer le cul par terre toutes les larmes de mon corps, car c’est décidément pas beau de vieillir et de finir comme ça. Nous nous étions pourtant tant aimés… Ombres dans la nuit ? Oui… certainement, l’ombre de lui-même et quelque part de nous mêmes … Allez une verveine et au lit !

Copyright ALBERT LABBOUZ pour desespoir productions Février 2015

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

A LA TRACE, JE SUIS CHARLIE… ( une stèle)

Il m’aura fallu presqu’une semaine pour que je puisse avoir le Charlie Hebdo d’après… J’ai halluciné de voir qu’il n’y avait pas que pour Apple qu’on pouvait dormir dans sa voiture pour être le premier à avoir ce numéro. Ça m’a fait rire. J’ai encore ri quand j’ai vu les files d’attente devant les kiosques. Charlie-Hebdo mieux que pour avoir des places pour les Rolling Stones au Stade de France ! Etre au premier rang de ceux qui ont eu mal et qui veulent retrouver les fantômes de leur jeunesse. Vous savez ? Quand les parents voyaient d’un sale œil la lecture de ce papier qui à l’origine était bête et méchant. Tu te souviens Cavanna ? Tu te souviens Reiser ? Tu te souviens Choron ? Tu te souviens Gébé ? Tu te souviens de l’An 01 ? Tu te souviens qu’acheter ce canard c’était être dans la marge, c’était se démarquer des sociétés, des flics, des cons surtout… et qu’acheter ce canard c’était surtout afficher sa colère en riant en se disant que les cons c’est les autres dans leur enfer quotidien, politique, religieux.

Il n’a pas été une journée depuis le 7 janvier où je n’ai pas pleuré. Parfois en cachette, parfois en famille, parfois dans la foule… Pas une journée où je n’ai pas repensé à mes années 70 et à ceux qui, sans que je le sache, m’avaient forgé des convictions, une liberté et un humour salvateur. Ferré se demandait qui saurait réparer l’âme des amants tristes… Et je me demandais qui saurait réparer cette douleur, d’avoir perdu Charlie-Hebdo et du même coup un pan entier de ma jeunesse. Ferré, encore lui disait : «  Au fond t’es un journal, on te prend, on te lit, on te froisse, on te jette. » Et c’est ce que nous faisions avec notre Charlie-hebdo quand on l’achetait… enfin non… pas vraiment… On le mettait longtemps dans les chiottes pour pouvoir le relire en riant assis sur son trône où sont tous les rois des cons. Et puis du chiotte, il passait au grenier, à la cave ou il devenait collection. Et les années ont passé comme ça… Choron est parti, Cavanna aussi… et on l’a laissé ronronner Charlie-hebdo, ronronner et s’asphyxier sans même lui tendre la main. Certes, on souriait encore quand les cons religieux ne comprenant rien à rien lançaient des fatwa pour de vrai, mais bon… on compatissait sans trop rien dire… non plus, et il continuait à s’asphyxiait Charlie… les cons de droite, jouaient même les consensuels pour ne pas jeter de l’huile sur le feu, manier les choux et les chèvres. C’est qu’on l’aurait laissé mourir pour de bon notre Charlie, s’éteindre comme les dinosaures !!! En vieillissant, on n’était pas devenu un peu cons nous aussi ? Mourir la belle affaire, comme disait Brel, mais Vieillir… Alors, il a fallu que Charlie-Hebdo meurt pour de vrai, et d’une manière dégueulasse pour que ça nous réveille. Pour qu’il puisse renaitre de son sang. Les connards de complotistes n’ont-ils jamais pensé qu’ils l’avaient fait exprès pour relancer leur canard ? Zemmour serait même capable de démontrer dans son verbiage que ce n’était ni plus ni moins qu’un suicide français et programmé. Oui, il a fallu qu’il soit kalaché Charlie-Hebdo pour qu’ils, les cons et les autres, ceux qui ne savaient même pas à quoi il servait Charlie-Hebdo, s’aperçoivent combien il nous aidait à respirer Charlie, combien, lui, nous empêchait de nous asphyxier. Il nous faisait du bouche à bouche Charlie-Hebdo…

J’ai enfin eu le numéro d’après. Etait-ce nécessaire que je le lise ? J’avais la tombe avec moi, l’urne, la stèle des héros de ma jeunesse. J’avais entre les mains, le lendemain, et je me disais combien ça allait être dur maintenant d’être dans la marge … Mais je savais que même si j’activais l’appli nostalgie et regrets éternels, ce serait désormais très dur de respirer sans le bouche à bouche de Charlie. Mais bon… je pense qu’on peut y arriver. Comment c’était déjà la chanson des mecs qui prenait le maquis ? ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place… Ouais c’est ça… et comment il disait Vian dans l’original du déserteur ? Si vous me poursuivez prévenez vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer… Là c’est pire, l’arme, c’est un crayon et je pense que c’est pas ce qui manque des mecs avec des crayons… non ? Soit pour écrire, soit pour dessiner… Et surtout visez le coeur pour l’émotion et les tripes pour se marrer …

 

Copyright ALBERT LABBOUZ… désespoir productions… Janvier 2015

 

Publié dans Uncategorized | Un commentaire

IL FAUT QUE TU LEUR DISES MOHAMED…

Il faut que tu leur dises Mohamed que Tuer n’est pas t’aimer

Il faut que tu leur apprennes Mohamed que Rire n’est pas t’offenser

Il faut que tu leur expliques Mohamed que vouloir régner n’est pas partager

Il faut que tu leur redises Mohamed de mieux lire que ce que tu leur as écrit

Il faut que tu insistes Mohamed pour leur répéter que le progrès n’est pas un péché

que le savoir est une délivrance

que l’égalité est une espérance

que l’amour des hommes et des femmes c’est pareil

Et que la Mort n’est pas une victoire.

Il faut leur inculquer Mohamed qu’ils t’offensent, qu’ils offensent et même anéantissent leurs semblables, leurs frères, leurs soeurs et leur famille quand ils massacrent en Ton Nom.

Dis leur Mohamed ! Il faut que tu leur dises.

Copyright Albert Labbouz pour désespoir productions.  7 Janvier 2015

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Houellebecq…antici-passion ?

J’avoue… Je n’ai pas encore lu le dernier livre de Michel Houellebecq: soumission. Mais comme on dit, j’en ai déjà beaucoup entendu parlé. Ah… sacrées médias…

A priori, j’aime Houellebecq, j’aime depuis la claque littéraire qu’avaient été pour moi les particules élémentaires et extension du domaine de la lutte. J’aime Houellebecq comme j’aime Patrick Modiano depuis très longtemps, bien, bien avant sont nobel tout comme j’ai aimé et aime encore Boris Vian, Charles Bukowski ou John Fante ou Philippe Djian … De Houellebecq, j’ai tout lu, y compris les poèmes et les chansons. Je me suis fait une idée du personnage qu’il s’est créé et des mystères dont il s’est entouré: date de naissance, vie amoureuse et familiale, biographie avec beaucoup de zones d’ombre. Houellebecq joue avec son image comme d’autres écrivains le font ( je dis bien écrivains …): Nothomb, Bernard Henry Lévy avec qui il a co-signé un livre épistolaire,  entre autres pour les vivants et Romain Gary, Ernest Hemingway pour les décédés, entre autres aussi. Houellebecq est un provocateur et nul ne peut douter de cela. Jadis, dans les années 70, on adorait les provocateurs, de Coluche à Choron, de Edern Hallier à Gainsbourg, j’en passe et j’en oublie. Aujourd’hui, on les fustige et on crie au politiquement incorrect. On en oublie l’humour et le 2 ou 3 eme degré. C’est pourtant la clé de voûte de l’incorrection et de la provocation.

J’ ai donc entendu parlé de Soumission et je suis très attentivement la polémique autour du sujet qu’il traite. Je me ferai une opinion et je ne manquerai pas, moi qui ne suis pas critique littéraire, ni bien pensant, ni politique de venir en rendre compte sur ce blog, en toute impartialité, même si, je le répète: j’aime Michel Houellebecq l’auteur et le romancier. D’emblée, à l’écoute de ce que j’ai pu entendre par ci par là, Soumission me parait être un roman d’anticipation, voire de science fiction. Reprocherait-on à Pierre Boulle d’avoir imaginé une planète dominée par des singes ( la planète des singes) ou Clidfford Simak une autre planète ou les chiens remplaceraient les humains ( demain les chiens) ou même à Georges Orwell d’avoir imaginé la terre envahie par des envahisseurs. ( la guerre des mondes). Rappelons nous aussi le village des Damnés adapté d’un livre de John Widham où les envahisseurs sont des enfants tout à fait angéliques et je passe bien entendu sur les Oiseaux d’Hitchcock, adapté de la nouvelle de Daphné Du Maurier. Le propre du récit d’anticipation est de nous faire réfléchir tout en nous laissant supposer que cela n’est pas possible, et que la raison  sage et humaine triomphe des envahisseurs néfastes. Jusqu’à présent, et l’histoire nous le démontre, nous sommes venus à bout de toute forme de totalitarisme, de dictature ou de soumission justement. Mais, nous sommes des lecteurs et nous sommes naïfs. Les singes, les chiens ou les envahisseurs dans les romans que je cite sont forcément montrés comme mauvais et dangereux, MAIS, nous savons que ce n’est pas une généralité: Singes, Chiens, Oiseaux, Envahisseurs, robots, et enfants sont aussi des êtres avec qui nous vivons en bonne intelligence, et même avec amour souvent et qu’ils sont nos semblables. Alors, pas d’amalgame, pour dire que Houellebecq fait une généralité de l’islam et des musulmans, et qu’il faille le ranger aux côté d’un  Zemmour ou d’un Dieudonné. Houellebecq s’amuse à nous irriter, à nous titiller, en nous offrant sa gueule ironique de « faux dépravé maladif ». Messieurs-dames c’est de la fiction… voire de la science fiction… Ce n’est pas vrai. Ce ne sera sans doute jamais vrai, et si un président français d’une autre religion accédait un jour au pouvoir, il serait ( ah voilà le conditionnel! ), j’en suis sûr, dans une configuration proche de celle qu’a connu L’Amérique avec l’élection d’Obama, premier président noir des Etats Unis. J’ose hasarder une hypothèse sur la terreur et polémique qu’ engendre, une fois de plus, un livre de Houellebecq (rappelons nous les autres polémiques retombées comme des soufflés: mysoginie: particules élémentaires, tourisme sexuel: plateforme, secte rahélienne: la possibilité d’une île…) Cette hypothèse est à mon sens, très simple: l’anticipation décrite par Houellebecq dans Soumission est située dans moins de 2 quinquennats, en 2020. Il en aurait été tout autre, s’il avait projeté son ouvrage beaucoup plus loin dans le temps, quand nous tous, lui y compris auraient disparu? Et puis, on aime détester Houellebecq, c’est politiquement correct et je ne suis pas sûr qu’il déteste se faire détester, ça va avec le personnage. Je suis également conscient du coup médiatique que représente la polémique, mais entre acheter un livre de Zemmour ou de Madame Trierweiller pour me faire une idée, mon choix est fait… Et vous voyez, je ne tape pas, sur ma marotte Marc Lévy. Au moins, lui, il invente et personne ne lui dit rien: vous y avez cru vous, à cette histoire de fantôme amoureux ? ( si c’était vrai.). Ben, Houellebecqu aussi il invente, mais pas de la même manière et surtout pas avec le même style !!! En Littérature, peu d’auteurs ont réussi à faire évoluer les sujets et le style en bousculant les consciences. Vous pouvez m’en citer combien depuis Victor Hugo et Emile Zola ?

Copyright Albert Labbouz pour desespoir productions. Janvier 2015

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

RIEN À VOIR AVEC LA CHANCE…

Devenir un artiste n’a rien à voir avec la chance; mais avec le désir et du travail…

Je suis entrain de lire LIFE, la biographie de Kheith Richards, le guitariste leader des Rolling Stones. Les quatre premiers chapitres sur son enfance et le début de son adolescence passées à Dartford près de Londres sont passionnants. Ils me confortent (dois je le répéter encore ?) qu’on ne devient pas un artiste par chance pour un hasard heureux ou/et malheureux.

Fils unique d’une famille pauvre et pas très unie, Keith dans les années 50 ne rêve pas. Son grand père Gus gratouille une vieille guitare. Lui, Il aime le blues de Chicago. Il aime des bluesmen comme Muddy Waters, Howling Wolf, Lighting Hopkins, Buddy Guy,.. En fait il aime le son que ces musiciens produisent. Il entend un jour Heartbreak hotel sur la radio qui grésille et qui capte mal Radio Luxembourg. Dès lors il n’a de cesse que de vouloir en grandissant jouer aussi bien que tous ceux qu’il admire, et dont il traque les sons sur des radio minimalistes. Juste reproduire quasiment à l’identique, rien de de plus. Il ne sait pas jouer de guitare et l’approche de la musique ne se fait qu’au travers des quelques accords que lui apprend son grand père Gus, et particulièrement par le morceau « Malaguena »… Mais il va pouvoir s’acheter une guitare bon marché à cordes nylon. Il ne cherche pas à devenir un artiste, juste égaler ses maitres à jouer… et ils sont nombreux, Chuck Berry arrivant en tête de liste. Il se forge une véritable palette de maitres en essayant de comprendre comment ils font pour sortir de tels sons de leurs instruments et de toucher l’âme de de celui qu’il écoute. Faire pareil c’est tout… C’est tout ce qu’il veut.

Et ceci est fondamental pour moi aussi. On ne peut pas écrire, composer, peindre, sculpter, danser, sinon n’a pas des références, des maîtres que l’on veut égaler. imiter, copier est la base, je pense. Reproduire à l’identique est le B.A-BA. On ne se balance pas poète, écrivain, sculpteur, peintre, cinéaste, comédien, musicien…, si on en a pas le désir d’abord, et si ensuite en n’essaie pas à force de travail, d’acharnement répétitifs de reproduire ceux qu’on aime au point de s’y confondre un jour et de se superposer et pourquoi pas, de les égaler… Keith Richards n’a pas cherché à être ou devenir  une vedette de la guitare électrique.. Au début, il voulait juste jouer comme ceux qu’il admirait, être leur égal techniquement.

De nos jours, de notre siècle, le moindre mec qui monte sur scène se prend très vite pour un show man, un comédien. Le moindre gugusse qui couche quelques malheureuses lignes sur une feuille blanche avec des jeux de sonorités lexicales, se balance rappeur ou slameur, juste parce qu’il fait sonner deux ou trois mots côte à côte, et ressasse des thèmes éculés sur la révolte, l’amour ou le mal de vivre, le destin … Une caméra vidéo numérique et voilà que certains s’imaginent cinéastes ou vidéastes. Trois griffes de pinceaux sur une toile et d’autres sont Kandinsky ou Picasso. Pour peu qu’un faiseur de fric se balance producteur et voilà nos artistes nés comme des champignons sur du fumier, comme des paramécies sur des eaux stagnantes; penser qu’ils confinent au génie parce que les voilà éclairés par des projecteurs de pognon devant un public qu’on a matraqué à coups de pubs et d’attaché(e)s de presse. Mais, derrière ces pseudos artistes, un talent vaseux, aucun génie ou alors quelques flash fugaces par ci, par là.

Tous les grands artistes sont les héritiers, les descendants d’artistes eux mêmes descendants d’autres artistes, qui se sont damnés pour vivre de leur art en bossant, en écumant leur vie au point de la perdre parfois. Tous s’étaient réclamés avec raison de maîtres qui leur avaient ouvert la voie, la voix, qui leur avaient tenu la plume ou le pinceau…

Croyez vous que Modigliani ait été Modigliani sans se référer à Toulouse-Lautrec ou Paul Cézanne ? Bukowski sans Dosteiëvski de qui il se réclamait ? Scorsese sans Cassavetes ? Elvis  sans les chants d’esclaves vendus par des Négriers ? Les Beatles sans Elvis ? Renaud, Souchon, Cabrel, Le Forestier, sans Brassens. Brassens lui-même, sans François Villon, Jean Richepin et les classiques? François Béranger sans Félix Leclerc? Bob Dylan sans Woody Guthrie ? La Fontaine sans Esope ? Molière sans le théâtre Grec ? Ferré sans Baudelaire, Aragon, Villon ? Leonard Cohen sans Irving Layton ou Garcia Lorca ?  La liste est interminable, non exhaustive. À chaque créateur artistique peut être associé, celui ou celle qui l’a influencé et qu’il a essayé, non de plagier, mais de se rapprocher au plus près. On ne compte pas le nombre d’écrivains ayant voulu écrire comme ce salaud génial de Céline ?  À chaque artiste dans sa spécialité, il y a des maîtres, des précurseurs et le désir d’être au même niveau à force d’acharnement, de travail. 

Les artistes nés d’un génération spontanée due à une époque, un concours de circonstances, un coup à faire n’ont aucune consistance sinon celle que le fric dépensé par leur(s) producteur(s)  (trice), et qui leur donne l’illusion d’être dans la cour des grands ou légal des monstres de l’Art. A fortiori quand, prématurément une récompense, une médaille un trophée vient de sûrcroit les conforter dans cette grande illusion. Souvent, très souvent, les plus grands passés à la postérité n’ont jamais ni été récompensés, ni décorés, ni adoubés. Certains ont refusé ces honneurs; Sartre reste le plus célèbre avec son refus du Prix Nobel de littérature.

Nombre de Jazzmens ont cherché toute leur vie la « Note bleue », comme les chevaliers de la table ronde ont cherché le Saint Graal. Il en va de même de celui qui se dit artiste: atteindre le Nirvana de la création est un chemin fait d’humilité, de labeur et de détachement du matériel qui va du fric au confort matérialiste. il en va d’abord de leur survie. Sans Création, ils meurent.

Dans ma pseudo démonstration sans prétention, certes je pense à des « artistes » entre guillemets, reconnus, adulés et installés dans leur notoriété. Des artistes de tous genres: musique, théâtre, cinéma, écrivains, poètes, (rappeurs, slameurs), peintres… Ma tête de turc la plus connue est naturellement Marc Lévy dont je ne rate jamais une occasion de moucher.Je ne citerai pas les autres. Mais beaucoup dans tous les domaines, me hérissent le poil et je ne suis pas loin de sentir quelque chose de l’ordre de l’injustice pour tous ceux et celles qui bossent et bossent encore pour frôler la note bleue, la phrase divine, l’émotion suprême.

Je sais qu’on me classe parfois dans le clan des aigris… mais, je n’ai jamais eu la prétention de savoir composer ou écrire ( essais, nouvelles, théâtre, chansons, articles, romans…) J’ai voulu juste, moi aussi, à un moment ou à un autre côtoyer par leur style tout en essayant d’avoir le mien, ceux et celles qui m’ont fait écrire ou chanter; les approcher par mon travail pour juste à mon niveau, transmettre un ressenti, une émotion, une tranche de vie. Et j’ai toujours été chapeau bas, envers ceux qui m’ont aidé sur ce chemin. Brassens, Cohen, Fante, Bukowski, Modiano, Djian ( 1ere période) Ferré, Cartier-Bresson, Diane Airbus, Marc Pataut, CharlElie Couture, Philip Roth, Paul Auster (1 ere période), Lacan, Freud, Springsteen, Dylan, Woody Guthrie, Romain Gary, Pete Seeger, Molière, Peter Brook, Philippe Léotard, Higelin, Moustaki, Béranger. Je les cite comme ça me vient, sans mettre une quelconque hiérarchie dans leur travail ou leur influence.

Que serais je sans eux à la rencontre de qui je suis allé et qui d’une certaine manière sont venus à moi ? Sans doute rien de plus que maintenant, car je ne suis pas connu du plus grand nombre, mais je sais aussi et vous ne le savez pas, que même si je ne suis rien littérairement parlant ou musicalement chantant, ils m’ont permis d’avancer sur le chemin de la création et je suis heureux de ne pas me regarder dans un miroir aux alouettes éclairé par des faiseurs de fric manipulateurs. Je sais aussi que grâce à eux, certains de mes écrits ( roman, nouvelles, chansons, théâtre…) ont touché à un moment de leur vie, certain(e)s inconnu(e)s qui ont osé tourner le dos, un instant aux marchands, aux marketteurs, à l’illusion médiatique pour prendre le risque de découvrir quelques unes de mes phrases, de mes douleurs ou joies dispensées par un stylo, une machine à écrire, une guitare, un appareil photo, un ordinateur…

Que ce public dans l’ombre, s’il tombe sur ces malheureuses lignes venues de mes tripes, de mon trip et bien sûr des mes réflexions et de mon travail soit salué, remercié et béni.

COPYRIGHT Albert Labbouz pour desespoir productions. Août 2014

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

SCHIZOPHRENIA ARTISTIQUE… à F.M

Un artiste. Un Auteur. Un Créateur.

Entrer dans le rêve de la création; écrire, filmer, chanter, peindre, sculpter, danser…

Peut-on être sûr que l’artiste qui transcende son désir de créer soit le même que celui qui va offrir le fruit de son travail au public ? Nombre d’auteurs, d’acteurs, de poêtes, de cinéastes, d’artistes  se sont réfugiés derrière un pseudo: Bukowski/Chinaski, Jean Baptiste Poquelin/ Molière, Charlie Spencer Chaplin / Charlot, Proust/Marcel, Romain Gary/Emile Ajar, Gainsbourg/Gainsbarre, Monique Andrée Serf/Barbara, Jean Tennenbaum/Jean Ferrat, Fabien Marsaud/Grand Corps Malade, Renaud Séchan/Renaud, Jean Philippe Smet/Johnny Hallyday, Alex Christophe Dupont/Leos Carax, Georges Prosper Remi /Hergé, Louis Ferdinand Destouches/Céline, Robert Zimmerman/Bob Dylan, Bertrand Charles Elie Couture/CharlElie, Boris Vian /Vernon Sullivan, Allen Stewart Königsberg/Woody Allen, François Truffaut/Antoine Doinel, Don Diego de La Vega/Zorro, Albert Labbouz/Paul une autre pensée ou Albert L … et j’en oublie, bien sûr… Pourquoi ce besoin de signer d’un autre patronyme quand on se dit, ou se veut artiste ? N’est-ce pas, quelque part, marquer cette différence avec l’anonyme qui n’a pas réussi à passer dans le monde des Happy Few ? N’est ce pas aussi une façon de disculper l’anonyme que nous avons été des conneries éventuelles que pourraient créer l’avatar que avons auto accouché et vice versa: l’avatar se démarque des dires de son créateur. L’avatar s’élève et rabaisse l’anonyme qui n’a pas été touché par la baguette de la culture. Ne doit on pas y voir une schizophrénia protectrice ? Nous ne sommes pas qui nous avons voulu être, nous voilà devenu le mutant parfait dont nous avons toujours rêvé. Caché derrière son pseudo, son avatar, on peut se permettre tout ou presque tout avec cette excuse indéfectible: ce n’est pas tout à fait nous même. Grand Corps Malade avoue lui même qu’il ne soupçonnait pas être aussi impudique dans ses écrits alors que dans la vie, on le perçoit comme discret et disert sur sa vie hors de scène. Est ce Jean Ferrat ou Jean Tenebaum qui chante Nuits et Brouillard ? Est ce Monique Cerf ou Barbara qui par le biais de la poésie nous livre sa blessure dans l’Aigle Noir ? Qui peint « les corbeaux ? » Vincent ou Van Gogh ?

Personnellement, quand j’écris, je ne sais plus très bien qui écrit, si c’est le Albert Labbouz dont l’identité civile est confirmée depuis 1954 ou bien quelqu’un qui a les traits de cet Albert mais qui va chercher au plus profond de lui même des images mises en mots dont j’ignorais même qu’elle existaient en moi, enfouies par je ne sais qui. Il m’est arrivé parfois d’avoir recours à des pseudos: Albertine quand j’ai écrit pour la presse adolescente dans les années 80,  Albert L. dans certains articles ou Paul une autre pensée quand j’ai naïvement sous couvert d’un compte twitter, dénoncer le système inégalitaire dans la création et la diffusion de la création quand on n’est pas signé par une major, et que des staffs d’attaché(e)s de presse s’occupent de vous pour vous mettre en pleine lumière dans les médias, quel que soit votre talent, alors que des anonymes créateurs triment au quotidien pour  tenter de faire connaître leurs chants ou leurs écrits. On a alors assimilé Paul à Albert Labbouz et amalgamé l’avatar et son créateur. Paul ne s’attaquait pas aux artistes et à leurs oeuvres, mais au système gangréné par le show biz et les médias officiels. Et pour être mieux compris Albert à tué Paul puisque celui ci n’avait pas su traduire le fond de sa pensée. Parfois les avatars se vengent de leur créateur. Romain Gary a aussi tué Emile Ajar qui lui a volé tout son talent d’écrivain, Boris Vian est mort, assassiné par Vernon Sullivan dans un cinéma où se projetait « J’irai cracher sur vos tombes ». Combien en a-t-on voulu à Chaplin d’avoir démaquillé Charlot dans « Limelight ».

Mes hypothèses qui fondent mon intime conviction, et si celui qui  écrit cela se fait bien comprendre, sont les suivantes: Etre artiste, monter sur scène, c’est admettre la dualité de ce que sont les artistes, c’est aimer leur schizophrénie et penser qu’elle les protège. C’est aussi avoir l’illusion qu’ils ne sont qu’un avec eux mêmes et celui qui leur permet de briller dans les yeux des autres: public, lecteurs… et c’est précisément cette même illusion qui fait basculer l’un ou l’autre de ce qu’ils sont dans les ténèbres. Pourquoi les suicides de Patrick Dewaere, de Romain Gary, de Montherlant ? de Romy Schneider, de Dalida, de Nino Ferrer ? La déchéance de Philippe Léotard, de Bukowski? Les mensonges de Lavilliers ? L’alcoolisme de tant et tant d’autres ? Pourquoi, sinon cette schizophrénie mal assumée ?

Même si les chemins de la création peuvent parfois, mener à ces extrêmes, il faut assumer et revendiquer la schizophrénia des artistes, des étoiles qui nous attirent. Il faut que les artistes eux-mêmes admettent cela.

Il me semble alors, qu’avant de fusiller, pour une quelconque raison, un artiste, un avatar ou son créateur, il serait bon de s’interroger de quelle place doit on voir « qui écrit » ou « qui peint » ou plus généralement « qui crée » et ne pas juger et condamner à l’emporte pièces.

Qui serait assez menteurs ou de mauvaise foi pour oser dire, écrire ou chanter: « L’artiste et moi on ne fait qu’ un ! » ?

Juin 2014 copyright Albert Labbouz pour désespoir Productions.

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Entrer dans le cadre…nouvelle rencontre avec Dominique Besnehard

Je ne l’ai appris qu’en arrivant à Cosne sur Loire, ce samedi 31 mai pour continuer à dédicacer mes rencontres et mes jardins, Dominique Besnehard serait là le dimanche pour signer son livre Casino d’Hiver. Dominique Besnehard, il est dans mes rencontres étoilées de la page 93 à la page 97. Alors je me suis dis que c’était le moment de lui faire lire le passage le concernant, mais je me souvenais que son chapitre sans être méchant, se voulait grinçant; j’ironisais sur le personnage, sur sa façon de parler, sur ses promesses de nous faire figurer Totoche et moi dans un film. Je sentais l’importance du bonhomme qui débutait dans la carrière de directeur de casting, mais qui avait déjà un petit pouvoir de pousser devant les caméras et les projecteurs de jeunes débutant acteurs avides de gloire de célébrités et… surtout de cinéma. J’ai donc relu le chapitre, me promettant que dès son arrivée, je lui remémorerai ces années 80 où nous le croisâmes plusieurs fois dans des bureaux de productions ou des castings, abandonnant des photos noires et blanches de nos tronches de futures vedettes. Nous l’avions d’ailleurs taggué tel quel sur un mur des studios de Boulogne: TOTOCHE ET ALBERT FUTURES VEDETTES ! Et à la relecture du chapitre, je me suis rendu compte à rebours, combien mon désir avaient été liées à ce fol espoir de briller chaque fois que je rencontrai Dominique Besnehard. Il aurait fallu d’un rien, d’un oui, d’un essai propulsé par lui pour que tout bascule, peut-être… et que j’enclenche qui sait, grâce à lui une carrière. Mais Dominique Besnehard nous a toujours laissés avec cette espérance folle sans jamais nous dire ni oui ni non… Et la nave va, la vie a continué, les chemins se sont poursuivis et je n’ai jamais fait de cinéma tandis que lui à continuer crescendo sa carrière de directeur de casting, puis d’acteur et de producteur devenant l’indispensable monsieur du cinéma français tant en matières de découvertes que de projets. Je l’ai relu deux fois mon chapitre et je l’ai trouvé un peu prémonitoire et je me suis dit que s’il le lisait, et que s’il s’en trouvait égratigné après tout ce n’était qu’un juste retour des choses, mais sans méchanceté; pas une vengeance, pas une aigreur, mais un gros soupir qui signifierait » ce n’était pas le bon moment… »

Dès son arrivée et avant que le public ne se jette sur lui, pour obtenir sa griffe, je suis allé le voir à table:  » Je ne sais pas si vous avez bonne mémoire, lui ai je dit… »

-j’ai une excellente mémoire, me répondit-il

-dans les années 80, je voulais devenir célèbre en faisant du cinéma et nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, vous m’avez souvent casté(de casté à castré, il n’y a pas loin ( ndla)) sans me choisir. Vous m’aviez même donné votre adresse et votre numéro de téléphone. Vous habitiez 13 rue des cinq diamants…

- 45 rue des 5 diamants. Vos yeux me disent quelque chose, ajouta t il… comme pour justifier qu’il avait de la mémoire.

- je ne suis pas devenu célèbre, mais j’ai écrit un livre et vous êtes dedans…Un chapitre vous est consacré.

- Vous etes où ? à la table là bas?  je viendrais vous l’acheter…

Et puis les premiers lecteurs sont arrivés et je l’ai laissé à ses signatures. A ce salon, il y avait Nadine Trintignant, Serge Riaboukine ( le méchant de la tour Montparnasse infernale) et Marcel Amont qui se sont empressés de venir l’embrasser.

Je suis retourné à ma table guettant mes lecteurs à moi. Et je l’observai Dominique. Pendant un creux il se leva, en passant devant ma table, il me dit: » je vais venir vous l’acheter » et il s’éloigna, alla vers Marcel Amont deux tables plus loin, il lui acheta son livre et aussi le livre de sa voisine et le livre de Rabioukine… mais pas le mien. Il me rappela cette époque où, surchargé il nous disait qu’il allait revenir, il allait nous recevoir, qu’il allait venir nous voir dans nos pièces de théâtre amateur. Je le raconte dans le chapitre page 93 à 97, et il ne le faisait jamais. Alllait-il recommencer à me faire espérer ce qu’il ne pourrait pas tenir, encore ? Ah… la parole… les promesses du cinéma… L’illusion de la gloire…Et près de 30 ans plus tard, que pouvait il encore pour moi ? qu’attendais je de lui ? les réponses étaient simples: Rien. Mais bon… voir ses yeux se poser sur mon écrit, lui qui savait quand même la torture des jeunes acteurs en devenir, de rester dans l’ombre. Je le savais qu’il comprenait, je savais aussi que cet homme n’était pas mauvais, ni prétentieux.

Il est revenu un peu avant midi et il m’a dit: « faut que j’aille tirer de l’argent, je le prendrai cette après midi. » J’ai souri. Il est allé déjeuner et moi aussi avec tous les auteurs présents au salon. J’ai pris bien soin de l’éviter, d’éviter son regard de ne pas manger à sa table. Je ne voulais qu’une sorte de gêne s’installe entre lui et moi. Il me l’achètera ou pas, le livre. Quelle importance. J’ai cogité sur une dédicace au cas où… Revenu au salon je griffonnais un brouillon sur la nappe: ça parlait forcément d’étoiles, d’espérances et de cinéma …

Et je n’ai plus attendu. il a continué à signer, mais quand je ne m’y attendais pas, il se tenait devant moi, tendant un billet de 20 euros, il m’a de nouveau tutoyé quand je lui ai dit que je lui faisais sa dédicace. « je repasse le prendre », me dit il, mais avant qu’il parte. Je lui ai demandé s’iil connaissait mon cousin directeur de production à la Gaumont. Là, ce fut un immense bonheur de réentendre le Dominique Besnehard que je décris dans rencontres étoilées, avec son chuintement et sa faconde: «  Zsje… l’adorrre sche gars… je l’adorrre vraiment…il est formidable et sjchgentil comme tout… »

J’ai eu le temps de terminer sa dédicace que j’ai recopié discretement sur la table où je l’avais griffonnée.

Un peu plus tard, je l’ai vu lire des pages de mon livre et une incompréhensible pression est montée. D’autant qu’il montrait les passages de mon livre à une inconnue assise à côté de lui et qui riait beaucoup. Se moquaient ils ? Etaient ce des sourires d’approbation de mon ou de mes anecdotes ? J’ai attendu  que la femme, dont j’appris plus tard qu’elle était aussi une directrice de casting s’occupant du festival de cinéma de Cosne sur Loire, soit partie et je suis allé le voir pour lui parler de cette pression…

 » Zche suis en train de lire ce que fui écris sur moi… tu cites tous les castings de l’époque, c’est bien. »

Je ne sais pas pourquoi j’ai voulu me justifier et je lui ai dit qu’il fallait prendre tout ça avec de la distance, que je savais qu’il avait de l’humour, que ce n’était en aucun cas méchant ce que j’avais écris. Je ne sais pas si j’ai bien fait, le lecteur quel qu’il soit est libre de prendre les mots de l’écrivain comme il les reçoit lui, avec sa sensibilité, son humeur et ses à
priori. Mais l’auteur se questionne toujours: mes lecteurs vont ils aimer ? Ai je fait mouche ? Me suis je planté ou pas ? Il n’a rien dit et je suis retourné m’asseoir.

Quand il eut fini le chapitre, nos regards se croisèrent et de la main, il leva le pouce en l’air comme un signe d’empereur romain. Je ne veux pas penser que c’était hypocrite. Tous les gens de cinéma ne sont pas forcément menteurs. La femme à côté de lui n’était plus là et je ne saurai jamais si elle se moquait ou trouvait mes écrits cocasses.

Peu après, ma dédicace j’ai demandé à mon éditeur de nous prendre en photo. Drôle de photo. Dominique met le  bras sur mon épaule, je suis de l’autre côté de la table, de l’autre côté encore et toujours, je me penche pour être dans le cadre au plus près de lui. Je suis vraiment l’anonyme ordinaire qui essaie de rentrer dans le champs, d’approcher ce monde qui ne m’a jamais été ouvert une bonne fois pour toute. Lui, l’empereur, le pape des directeurs de castings, le loup blanc du cinéma français trône au milieu du cadre, effleurant de la main, celui qui n’a toujours vécu que pour et par son inaccessible rêve.

Signature Dominique Besnehard salon de Cosne sur Loire 1er Juin 2014

copyright ALBERT LABBOUZ pour désespoir productions.

 

 

 

 

Entrer dans le champs avec Dominique Besnehard salon de cosne sur Loire 1 er Juin 2014

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire