la couverture originale de CharlElie

la première proposition de CharlElie et la bonne !

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DEVENIR UN PERSONNAGE… pose des problèmes avec sa réalité.

ÉCRIRE… tout le monde écrit… Tout le monde peut écrire… je veux dire écrire des histoires… Moi depuis très longtemps… Ce sont mes histoires que j’écris… Mes histoires d’enfance, mes histoires de rencontres, mes histoires d’amour. Ce sont mes histoires, mais dès qu’elles prennent forme sous la plume, sous l’ordi maintenant… Elles mutent. Ce ne sont plus mes histoires. Ce sont des histoires qui auraient pu être les vôtres, qui deviennent les vôtres. Ce sont des histoires qui vous regardent comme je vous regarde pour écrire ces histoires. Je vais piocher dans ce que je crois connaître un peu… c’est à dire moi. Moi avec les autres, moi avec mon passé, moi avec ma vie. C’est mon matériau. Et je m’écris pour qu’à votre lecture je sois autre et plus vraiment moi. Et ceux qui m’entourent et qui figurent dans ces histoires, ne sont pas ceux qui ont vécu les histoires avec moi. Certes ils ont le contour de ceux qui dans une réalité morte ont traversé ces histoires, mais ce ne sont plus eux. Pour moi qui écris, en tous cas, ils sont devenus des personnages. Alors… Quand ces êtres qu’ils ont été lisent dans un de mes livres les personnages qu’ils sont devenus, très souvent, ils ne se reconnaissent pas, enfin, oui, ils se reconnaissent mais ils se dénient. Ils m’en veulent. Ils se fâchent. Ils n’ont jamais été tels que je les ai écrit. À leurs yeux, ils ressentent cela comme une trahison, j’ai déformé, je mens, ils sous entendent que j’ai des comptes à régler en les faisant devenir personnages.

ÉCRIRE en flirtant avec la réalité est dangereux … Je le constate. L’auto-fiction ne devient fiction pure que si de parfaits inconnus à des lieues de vous, vous lisent. Dans ce que j’écris, je distorsionne mes personnages, je les fais vivre plus que ce qu’ils ont vécu. La base est vraie… mais le prisme de mon écriture les pousse à bout. En les écrivant, c’est moi que je malmène. Ce qu’ils deviennent, c’est un peu de moi qu’ils sont. Ce n’est que de l’écriture. Et même si comme le disait Blaise Cendrars : « l’écriture c’est vache, ça salit tout. »

D’une manière un peu prétentieuse, je pourrais dire c’est de la littérature. C’est faux parce que c’est presque vrai. Comme disait Jean Cocteau : »je suis un menteur qui dit la vérité… » Je n’écris ni pour être beau, ni pour caresser mes personnages dans le sens du poil en prétendant que les modèles qui m’ont permis de les créer étaient parfaits psychiquement. Je ne pense pas savoir ou pouvoir écrire de la littérature lisse, jolie à la Marc Lévy. Mes personnages naissent d’une fêlure, d’une blessure, d’un hiatus. Le personnage que je deviens dans mes livres n’est pas un héros forcément sympa. Ce n’est pas un héros tout court. Ce n’est pas un modèle non plus. Je ne m’enjolive pas. Je ne suis pas condescendant, sympathique avec ce que je fus dans mon enfance, dans mon passé. Mes personnages non plus, même si j’ai pour eux une tendresse certaine. Certains de mes modèles qui deviendront des personnages, offusqués sous entendent que je n’aurais non seulement pas dû écrire ce que je relate, mais que d’abord, ce n’est pas vrai et, ambivalence quand tu nous tiens, et si « mes proches, famille, enfants… venaient à lire ça … ! » D’autant que les patronymes ne sont pas mentionnés et que les prénoms s’ils n’ont pas été changés, sont des prénoms portés par des milliers d’êtres. Des Michèle, des Michel, des Marianne, des Brigitte, des Jean Yves, des Lionel, des Alain, des Sylviane, des Nicole, des Daniel, des Albert, des Théo, des Bruno, des Patrick, des Andréas et même des Fabien … Il en existe des légions de par le monde… Non ? Le plus ambigu reste… «Non … ce n’est pas moi.» Alors ? Pourquoi se plaindre si ce n’est pas vous ? Nous y voilà, renier ce que nous avons été, ce que nous avons vécu est le sentiment qui domine. Ne pas vouloir voir ses mystères Hyde, ses zones d’ombres qui ont forgé ce que nous sommes devenus. Ne laisser vivre que son moi idéal, voilà ce que veulent les modèles réels de mes personnages. Mettre son amnésie en étendard. Voilà, en réalité ce qui m’a été reproché par des ex-ami(e)s et même parfois par de la famille… « Tu n’avais pas le droit …» Le droit de quoi ? D’écrire ? De ne pas me censurer ? Je devais m’auto-censurer ? Écrire… doit passer par la demande d’une permission à ses personnages ou  à qui figurera dans l’écriture ?

Il m’a été dit une fois après la publication de Rencontres étoilées, par sa maman, qu’un personnage que j’avais connu enfant et devenu célèbre depuis, n’était pas l’enfant triste que je décrivais. Certes, peut-être, mais je n’avais écrit que mon ressenti de l’époque vis à vis de cet enfant. Ma vision… Il m’a été dit aussi toujours dans Rencontres étoilées par un personnage féminin au centre d’une rencontre importante permise grâce à elle, qu’en la décrivant ainsi, je la faisais passer pour une s…, incapable de ne transmettre autre chose que des morpions ? Alors, que quelques lignes plus haut, je la décrivais comme une intellectuelle, tendre sensible et qui m’avait apporté beaucoup. Elle n’avait vue que l’anecdotique de la rencontre, et focalisé hélas, que sur le jeu de mots fait avec le mot: vers et qui concluait la rencontre étoilée.

Quelqu’un de ma famille me faisait le reproche dans Jardins à L’algérienne de sous entendre qu’un de mes oncles n’avait pas été généreux avec les personnages de mes parents … Encore un qui avait mal lu, l’hommage en pointillé que je rendais à toute ma famille dans tout le livre. Toujours dans Jardins à L’algérienne, la dernière compagne d’un de mes oncles me dit texto un jour au téléphone, alors que je désirais voir mon oncle avant qu’il ne meure, que je ne lui avais pas fait de cadeau à mon tonton, dans mon livre. Cette punaise ne savait sans doute pas lire car tous les chapitres concernant cet oncle aimé et sa femme d’alors, ma tante, même si mes lignes étaient mordantes, elles n’offraient que la vision sans discernement d’un gosse capricieux de 8 ans en 1962, mais cette dernière compagne de mon oncle avait bien sûr occulté toutes les phrases de tendresse et de remerciements, de gratitude que je leur témoignais par roman interposé pour m’avoir ouvert à la France, sa richesse, sa culture et sa générosité.

Dernier reproche en date, un personnage de «  D’être libres, un jour, mon amour… ». Un des modèles du personnage du roman, me dit qu’il n’avait pas aimé mon livre (c’est son droit le plus strict) et qu’il l’avait jeté à la poubelle après lecture, car il ne voulait pas que ses enfants, sa femme ou sa famille ne tombe dessus et lise le chapitre que je lui avais consacré, car il me disait que je n’avais aucune considération pour lui et pour ses parents dont je parle un peu dans le livre. Je fus carrément surpris même si je n’en laissais rien paraître, car ce personnage je l’avais construit en le voulant fraternel, sympathique, plein d’humour, malgré ses fêlures, ses excès de l’époque dans les années 70. C’était mon pote, je dois le dire au moins deux ou trois fois dans le bouquin, que je l’aime bien malgré certains travers dont peut être il s’est défait en vieillissant… Je l’avais créé sur la base de ce que je savais de lui à l’époque et qu’il donnait à voir. Son père, mot pour mot est décrit comme un homme goguenard, sympathique, généreux, cultivé, de gauche et prolétaire au meilleur du sens du terme. Sa mère y est décrite comme une femme extrêmement belle, très fière et suscitant la jalousie des autres mères et le fantasme des adolescents comme dans un film de teenagers américains. Quoi de négatif là dedans ou de traumatisant ? C’est ma vision, so what ? ça aurait pu traumatiser sa descendance à mon pote ?  Ils auraient été choqués d’apprendre que leur grand mère jeune femme faisait fantasmer des cohortes d’ados de cette commune prolétarienne ? Qu’auraient ils découvert de  leur père adolescent ? Que comme des millions d’ados de par les siècles et le monde, il avait fait des conneries et n’avait pas été bien dans sa peau lors de son passage à l’adulte ? Tss… Tss… allons… allons…

C’est mon écriture, non ? Je pars d’une base réelle et j’écris à ma sauce, avec mon regard. Je n’empêche personne d’écrire sur moi avec son propre regard, son ressenti. Dans mes écrits, je ne me fais pas de cadeau, particulièrement dans « D’être libres, un jour, mon amour… » où j’ai voulu écrire sur le tsunami de l’adolescence, sur les excès de cette période des années70 où prédominait le sexe, la drogue et le rock and Roll. Je me dépeints moi-même, hypocondriaque, caractériel, écorché vif, déboussolé… Sur les fondations de mon adolescence de 1975, j’ai créé ce personnage qui a le même prénom que moi. Me voilà devenu « canada dry », le goût et la couleur d’Albert,  mais plus Albert.  Je est devenu autre. Personnage de roman … Mes enfants et ma famille en seront ils traumatisés ?  J’ai voulu y décrire plusieurs adolescent(e)s, abimé(e)s, angoissé(e)s pour leur futur, en rupture avec leurs parents et la société, à la recherche de l’amour, de l’évasion, et plus encore… Des adolescent(e)s, de jeunes adultes, très cons parfois aussi…

Dans mes trois livres publiés chez Grrrart-éditions, j’écris sur le passé que j’ai traversé avec la même optique que Proust ou Modiano ou Bukowski (sans vouloir me comparer à eux, ni même prétendre rivaliser…). Pagnol avait cette démarche aussi dans la gloire de mon père et le château de ma mère. Je veux éclairer le présent en essayant de comprendre mon passé. Enfin… tant que j’écrirai en regardant dans le rétroviseur.

Que pourrait dire feu mon père disparu depuis 1989, s’il pouvait lire et si je le termine un jour, du personnage que je vais en faire en écrivant sur ses sept ans d’armée et de captivité pendant la deuxième guerre mondiale ?

Qui saura dire quel est le modèle de Laurence, le personnage de mon prochain roman:  « Une femme banale… » tant elle est la somme très complexe de plusieurs femmes, croisées ou connues… ?

Banalité… Écrire n’est pas une mince affaire en soi. Lire en est une autre. Je sais, tous ceux qui écrivent le savent, autant de lecteurs, autant de lectures différentes, d’appréciations, de critiques différentes, d’engouements ou de dégoûts différents.  Moi aussi je n’ai pas fini de lire certains livres qui me sont tombés des mains. Moi aussi, j’en ai voulu à certains auteurs admirés d’avoir été plus «  faibles », ou même nuls, dans certains livres.

La seule réserve argumentaire que je peux comprendre, c’est qu’il ne doit pas être aisé de se retrouver dans un livre et d’avoir la distance nécessaire pour comprendre et admettre que devenir un personnage efface la réalité de ce que nous pensons être. Mais je continue de penser que les grandes œuvres n’existent que quand elles ne suscitent pas l’indifférence ou l’ennui.

Copyright ALBERT LABBOUZ pour Desespoir productions…

JANVIER 2017

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En 1974… J’avais entendu mon maître chanter

I HEARD MY MASTER SING

Pour L…

J’ai entendu mon maître chanter

Je n’étais pas malade au lit

Mais ma tête bourdonnait de toutes ses mélopées

Et il m’a « catharsisé » de ses chanteries

Et il regardait son ciel les yeux fermés

Ce ciel dont il nous a donné un petit bout

Et que nous possédons à l’intérieur de nous

Il m’a montré la similitude de sa vie

Avec la mienne: Suzanne, Judy, Anne et Marianne

C’est comme Françoise, Pascale, Jeanne et Liliane

Il avait, lui, la mémoire des noms de filles,

le souvenir de ce passé tellement présent

De ce passé vraiment à venir, maintenant

J’étais là, immobile muet prêt à mourir pour rien

Et j’étais tué et servile

Et il a voulu partir « Field Commander Cohen »

Mais on n’a pas voulu voir fuir le mort-né

Il rejoignait son fil

Lui, l’ivrogne d’un vieux livre à la mode

Et tous nous aurions voulu

Des kilos de glu pour le ramener

Nous aurions tous voulu

Porter le fameux imper bleu

Et chanter une chanson franche

Qui ne soit ni amère, ni vieux jeu.

Je l’ai vu, je le sais il n’y avait plus de code

Et l’antre du Show-biz est tombé en avalanche

sur l’homme de tous les ans

Refermant furtivement

les portes de sa Babylone vaudou

Qu’il avait entrouvertes pour nous

Sans se soucier des diamants de notre mine

Mais tout en sachant que le vin neuf de nos vignes

trafiqué par quelques docteur clairvoyant est aigre

Tout comme nous, assassins de Kateri Tekakwitha.

Copyright Albert LABBOUZ 1974

J’avais 20 ans… J’ai écrit ce poème, retrouvé 42 ans après, après l’avoir vu et écouter chanter à l’Olympia.  J’avais même réalisé l’enregistrement intégral du concert que j’ai encore et j’avais fait des photos…

Leonard Olympia

C’est un poème rempli de références à ses chansons. ( masters, Bird on a dire, Suzanne, Famous blue raincoat, Last year’s man, Let’s sing another song, Love calls you by your name, Diamonds on the mine…) la plupart extraites de ses trois premiers albums: Leonard Cohen, Songs from a room, Songs of love and Hate. Kateri Tekakwitha qui conclut le poème est un personnage  de son deuxième roman:  » Beautiful losers/les perdants magnifiques ». Leonard Cohen s’en est allé en cette année 2016, sur son fil comme l’oiseau libre qu’il a toujours été. Il s’en est allé, il sera toujours présent, pour moi. On a les pères de substitutions qu’on peut… qu’on veut.

« lead on my son, it’s your world » (The butcher)

copyright  texte et photo: Albert Labbouz pour Désespoir Productions

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Leonard Cohen: Plus sombre… Tu vis ou tu meurs ?

« Depuis le décès de son amour lointain Marianne Ihlen ( so long…Marianne…), et depuis la lettre émouvante qu’il lui a écrit, les médias ne cessent de spéculer sur la mort de Leonard Cohen. Mon fils m’a même envoyé un sms des Etats Unis, il y a un mois: « Cohen va mourir… » avec le smiley pleurant. Et voilà l’ultime disque, (oui je dis encore disque pas CD, pas Mp3) qui sort et Cohen qui sussure derrière les choeurs de la  synagogue Shaar Hashomayim de Montreal où il a fait sa bar Mitsva et où son arrière grand-père et son grand père ont été fondateurs et  rabbins  » I’m ready… My lord… »

J’avais commencé à écrire ça… le jour de la sortie de son ultime album… et j’ai arrêté, l’écriture, car je sentais bien qu’il me faudrait écrire sur sa mort future, et je ne le pouvais pas… Comment écrire, sur le décès futur et imminent, peut-être, d’un proche, de quelqu’un avec qui vous avez grandi et qui vous a grandi ?

N’avais-je pas déjà dit l’importance qu’il avait dans mes rencontres étoilées ? (éditions Grrrart. Pages 211 à 222  et p.247 à 255)

Depuis ce matin je reçois des messages de personnes qui savaient combien il comptait pour moi . Des personnes de mon passé dont je n’avais plus de nouvelles, des ami(e)s proches, et  même des connaissances de réseaux sociaux, comme si Leonard Cohen était un membre de ma famille, comme si il était nécessaire de me souhaiter des condoléances, comme si évoquer Leonard Cohen c’est penser à Albert.  Cela me fait chaud au coeur, car en aimant Leonard Cohen, peut être quelque part, ai je réussi à transmettre un peu son message de vie, lui le pessimiste positif. Et toutes celles qui ne m’écrivent pas et dont j’ai partagé la vie pour certaines ou dont j’ai croisé le chemin  un temps, je sais qu’elles pensent à moi aussi… J’entends mon prénom dans leur silence. Françoise, Marianne, Marguerite, Régine, Florence. Ces » toutes celles » et « ces Tous ceux » sont de ma génération et le départ de Leonard Cohen les ramènent à la mort définitive de leur, de ma, de notre jeunesse… Le temps inexorable et son cortège de nostalgie et de défaites invincibles. C’est comme ça.

Puissent nos enfants avoir un jour sur leur chemin, quelqu’un qui les guide avec amour, sagesse, pour être like a bird on a wire, libre comme un oiseau sur son fil, quelqu’un qui leur ouvre les portes de la création, de la perception intelligente pour un futur qui ne soit pas « murder »… ( I see the future it’s murder ». in the future L.C). Quelqu’un qui leur fera rencontrer des Suzanne, des Marianne,  des Janis, des Rebecca,  des Sharon, des Anjani, des Webb sisters. Ils ne se résigneront pas, ils reprendront leur arme et seront alors fiers de porter leur fameux imper bleu et d’avoir pour ami le monde entier.

Je pleure, certes, mais Leonard sera toujours vivant.

Albert Labbouz copyright désespoir production 11 novembre 2016img_1025
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Dylan is Dylan… Vous ne le saviez pas ?

BOB DYLAN: Pavillon de Pantin 4 juillet 1975

« Je n’en crois pas mes yeux. je suis au premier rang, Dylan ne boude plus la France, il est sur scène, élégant, frisé sans sourires, mais heureux. je suis en bout de rang, mais je me lèverai à la fin et j’irai m’appuyer sur le rebord de la scène. Il arpente la scène pendant certaines chansons avec sa guitare, et à un moment, je n’ai pas rêvé, il vient au bord de la scène au bout de mon rang, et tout en tenant la rythmique sur le solo qu’égrène un de ses musiciens, il me regarde, oui, il me regarde ! Il est à peine à deux mètres de moi. Il peut me voir; il n’est pas ébloui par les projecteurs de face, et je le jure, il n’y a aucune mythomanie dans ce que j’écris là, il me fait un clin d’oeil, rien que pour moi. Dylan m’a reconnu, moi le fidèle d’entre les fidèles. Dylan est un humain qui sait reconnaitre ceux qui ne l’ont jamais laissé tomber. »

J’ai écrit cela page 59 de Rencontres Etoilées ( éditions Grrr… art) et dans mon dernier livre  » D’être libres, un jour, mon amour… » (éditions Grrr…art) Après les exergues figure une chanson de Dylan:  » This wheel’s on fire » et ce n’est pas pour rien. (  livres disponibles sur grrrart-éditions.fr)

Et voilà que 41 ans après, Dylan reçoit le Prix Nobel de Littérature. Cette haute distinction que reçut un autre de mes maîtres à écrire Patrick Modiano, c’était comme si j’en recevais un petit bout. Oui, car que serais je sans Dylan qui vint à ma rencontre il y a près de 50 ans ? J’ai voulu chanter comme lui, composer comme lui, vivre comme lui. Dylan est le premier à m’avoir fait chanteur, auteur, poête et écrivain peut-être ? Ah… J’étais bien vieux alors, je suis plus jeune aujourd’hui pour paraphraser une de ses chansons: My back pages. Oui, Dylan a rajeuni mon adolescence tourmentée, comme un Rimbaud errant. Il est devenu l’homme orchestre (« hey Mister Tambourine man ») qui a guidé mes pas. Bien sûr, d’autres sont venus après ou pendant: Leonard Cohen, Georges Brassens ou Bruce Springsteen… Mais il a été le premier. Dylan a ouvert les portes de l’Eden (Gates of Eden) de ma création, derrière ces portes, comme il le dit, pas de tribunaux et on peut sourire… J’ai marché avec lui sous une pluie lourde ( Hard rain is donna fall) et j’ai attendu que le bateau ( when the ships comes in) arrive pour que mes temps changent ( Times they’re a changent’). Quand mes amoureuses m’ont laissé tomber comme lui j’ai hurlé  que ce n’était pas moi qu’elles avaient cherché ( It’ ain’t me babe…NO. NO. NO.) Et pareilles à ces errantes je me suis souvent senti comme une pierre qui roule en me demandant quel effet ça fait d’être sans abri sous la tempête (shelter from the storm) comme un anonyme ordinaire (tire original de mes rencontres étoilées) sans espoir de retour… ( How does it feel to be without home like incomplete unknown with no direction home. Like  a rolling stone.) J’ai du aussi survivre au Joker, au voleur du haut de ma tour du guet ( All along the watchtower) et j’ai du aussi parfois avoir à dénoncer les crimes commis avec dieu à nos côtés ( God on our sides) et pleurer sur la mort d’innocents dans des taudis sinistres ou discriminés pour leur couleur de peau…( Hollis Brown, Hattie Carol) J’en ai fait  des cauchemars psychomoteurs que je numérotais, parfois j’ai même frisé la parano comme cette homme maigre ( Ballad of Thin Man). Mais Dylan Merci, je savais que l’amour était un mot de cinq lettres ( love is a word of 5 letters.) En écrivant tout ceci, je m’aperçois qu’il était là toujours dans l’ombre comme un guide, même si parfois je lui ai fait des reproches sur des disques moins bons ou des positions équivoques, comme sa pseudo conversion au catholicisme avec ce disque à la pochette affreuse (Saved) ou ses attitudes sur scène, de dos, changeant la musicalité de ses chansons, ses sourires et son manque de chaleur parfois auprès du public. Mais quand on est entier, doit on faire des concessions ?L’essentiel ne résidait il pas dans le contenu dans ces pages, dans ces écrits nombreux, dans ses poèmes symboliques, ses vers énigmatiques… L’essentiel n’était il pas d’éclairer le monde. Ah… vous les jeunes du XXI e siècle, férus de musiques, de rap, de slam,  de différences et pour certains de révoltes, vous ne vous doutez pas de ce que vous devez à un pareil homme! Certains s’offusquent de cette récompense prestigieuse qu’on lui a attribué, mais moi je m’offusque de voir porter aux nues de pseudos poètes, de faux créateurs dont les écritures sont autant de copiés-collés mal agencés et mal corrigés par de piètres correcteur orthographique. Des arlequins drivés par des faiseurs de sous et des chiffonniers décrivant des cercles autour des pâtés de maisons. Tous sont coincés encore avec  le Blues de Memphis ( Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again.) Ne me demandez pas de citer des noms… Nous en avons tous quelques uns en tête. Suivez juste mon regard. Dois je le réécrire ici encore et encore, rien à voir avec la chance ( relisez mon article à ce sujet sur ce blog). On ne naît pas poète, écrivain, peintre ou sculpteur, artiste. Il y a dans toute forme de création comme une urgence à vivre malgré tout, à transmettre, et surtout surtout à éveiller les consciences. Mais j’ai déjà écrit tout cela, dit tout cela. Dylan n’a pas été le messie, mais presque. Il a été un prophète, un apôtre aussi, au choix. Il suffisait de le lire, ou de lire les traductions de ses écrits. Cela va au delà de la poésie.… Qui lui arrive, en France à l’orteil ? Ok… Ok… On va me dire que je manque d’objectivité,  que je suis aigri ou que sais je d’autre, et on va aussi me demander qui je suis pour oser dire tout cela. Dylan va répondre à ma place:

I shall be released.

En voici une traduction extraite de BOB DYLAN LYRICS chansons de 1962-2001 chez Fayard.

  • On dit que tout peut être remplacé
  • Mais toute distance n’est pas proche
  • Et je me rappelle le visage
  • de chaque homme qui m’a mis là
  • je vois ma lumière briller
  • Depuis l’ouest jusque vers l’Est
  • D’un jour à l’autre, d’un jour à l’autre
  • Je serai libéré
  • On dit qu’à tout homme il faut protection
  • Que tout homme doit chuter
  • mais je jure que je vois mon reflet
  • Très loin au dessus de ce mur
  • je vois ma lumière briller
    Depuis l’ouest jusque vers l’Est
    D’un jour à l’autre, d’un jour à l’autre
    Je serai libéré
  • Près de moi dans cette foule solitaire
  • Un homme jure que ce n’est pas de sa faute
  • Tous le jour j’entends ses cris si forts
  • Il crie que c’est un coup monté
  • je vois ma lumière briller
    Depuis l’ouest jusque vers l’Est
    D’un jour à l’autre, d’un jour à l’autre
    Je serai libéré ( i shall be released)

Oui… Dylan nous a libéré et nous ne le savions pas. Vous ne le saviez pas ! Il est temps de reprendre la route avec dignité ( On the road again… Dignity)

Copyright Albert Labbouz pour désespoir Productions 14 Novembre 2016

( les chansons en italiques sont toutes de Bob Dylan…)

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D’ÊTRE LIBRES, UN JOUR, MON AMOUR … ( un livre est une petite tombe…)

Alors voilà… Le voilà mon nouveau livre…

D’ETRE LIBRES, UN JOUR,  MON AMOUR…

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Il y a deux ans je me suis une nouvelle fois retrouvé en Crête avec ma compagne… et j’ai bizarrement ressenti une sorte de nostalgie, une saudade, quoi ! le début de ma je
unesse était quelque part là, autour de la mer Egée. Je me suis souvenu de mon premier périple dans les îles avec  des copains, des copines, un amour de l’époque, tous ou presque, oubliés, un peu.  Et en tirant le fil de ce souvenir, tel Ariane, j’ai déroulé mes années 70 et un vieil adolescent, moi, torturé abîmé par la trahison d’un premier amour.   Comme le chante Laurent Voulzy… On a tous dans le coeur etc… etc… Alors, je me suis dit que beaucoup de gens de ma génération pouvaient s’y retrouver et même les ados d’aujourd’hui  fils et filles  de ma génération.

« I hope I die before I get old (Talkin’ ’bout my generation)

This is my generation
This is my generation, baby »  The Who

J’ai voulu écrire sur l’adolescence de ces années là. A près de vingt ans, on était encore ado, en ce temps-là. Les ados d’aujourd’hui le sont à 12 ans et même plus tôt…

J’ai écrit un an là dessus… Une écriture brute, un peu sale parfois, impudique, une écriture libre aussi comme l’insouciance de ces années qui ne connaissaient ni les objets connectés, ni le sida, ni twitter ou Facebook. Ces années-là, comme une bonne vieille balade Rock : « Stairway To heaven ».  Comme un film de Barber Schroeder : « More » ou  » La vallée« …

Et depuis que le livre est sorti

( disponible ici:  http://grrrart-editions.fr/index.php/roman-livres/albert-labbouz/d-etre-libres-un-jour-mon-amour)-

, je me suis dit que l’écriture auto-fiction pouvait peut-être déranger certains, certaines qui s’y reconnaitraient. Souvent dans les salons du livre, on me demande: « c’est autobiographique ?  » et je réponds invariablement : » j’écris sur ce que je crois connaitre un peu, mais je ne suis qu’un personnage dans mes romans… » et j’ajoute:  » Dans  À la recherche du temps perdu, Marcel c’est Marcel Proust ? c’est autobiographique ?  » idem chez Pagnol, idem dans le grand Meaulnes etc… Alors, pour ne pas créer de polémique, je leur ai adressé un mail que je vous livre ici, si jamais ils le lisent, un jour …

« Chers amis de ma jeunesse…

Après m’être interessé à l’enfance et l’arrivée à DUGNY dans les années 60 d’un gosse qui me ressemble, dans mon nouveau livre, « D’ÊTRE LIBRES, UN JOUR, MON AMOUR… » je mets cette fois-ci l’éclairage sur les années 70, années folles de notre vieille adolescence, à mon sens… Comme toujours mon écriture puise dans mon vécu et mes livres sans être vraiment autobiographiques, s’inspirent d’é
léments du passé qui n’est jamais passé tout à fait inaperçu, pour vous, comme pour moi.

Dans « D’être libres, un jour, mon amour… » titre empunté à une chanson de Moustaki. Au travers d’un périple dans les îles grecques, je tente de dresser le portrait des jeunes adultes tourmentés que nous avons été. Le narrateur encore une fois me ressemble un peu, il a même mon prénom et souvent l’auteur ne lui f
ait pas de cadeaux. Alors… certains personnages, portent vos prénoms aussi, certains évênements vous rappelleront des souvenirs mais vus dans le prisme de l’écriture d’un roman comme un film, un road-movie, un road-roman. Peut être ne les aviez vous pas perçus comme cela? Forcément c’est ma vision que je propose, et forcément, elle est subjective. Cependant, j’aime les personnages que je décris et si parfois je les égatigne c’est sans méchanceté, ni esprit de vengeance, ni complaisance…

Vous vous y retrouverez, mais vous allez y retrouver aussi des gens que vous croyez avoir connus et dont je n’ai pas les mails et à qui j’aurai bien voulu adresser ce mail aussi … Mais Est-ce vraiment vous ? Est ce vraiment eux ? Ne sont ils pas devenus des personnages d’une sorte de film oublié ? C’est ça la force d’un roman, d’une fiction, d’un film… C’est nous, c’est moi, mais ce n’est plus moi, ce n’est plus vous… Alors, je n’écris pas pour régler des comptes ou quelque chose de cet acabit… C’est ma recherche du temps perdu à moi… pour la mémoire, pour faire exister ces époques euohoriques souvent, tristes et violentes parfois, désespérées aussi.
Si jamais vous le lisez … et si vous le souhaitez, vous me direz, le bon, le mauvais… ou vous ne me direz rien… Ce mail perso n’a pas pour autant vocation à polémique ou fâcherie, ce n’est pas le but visé. Si d’aventures j’apparaissais dans un de vos écrits, ou dans vos travaux artistiques, je saurai bien que c’est votre vision que je verrai et je saurai dire:  » si ça se trouve, j’ai été aussi comme ça… »

Alors, si ce roman est né, c’est parce que c’était vous… parce que c’était moi et si nos chemins un jour ont divergé, je voulais vous dire que je ne vous jamais oublié.

Je vous embrasse  »

Voilà… ces années ne m’appartiennent plus vraiment … et si vous lisez « D’être libres, un  jour, mon amour… »  jusqu’au bout, vous comprendrez pourquoi un livre est une petite tombe…

Septembre 2016

COPYRIGHT ALBERT LABBOUZ pour désespoir productions…

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A l’école de la Poésie… Leo… 100 ans

LEO … 100 ANS…

J’ai entendu dire par Pascal Boniface géopolitologue sur Public Sénat ( eh oui je ne regarde pas que M6 et Cyril Hanouna…, je pense aussi parfois) qu’aucun média n’allait célébrer les 100 ans de la naissance de Léo Ferré et que tous les reportages ou bio proposées avaient été refusées… Euh… Léo Ferré ça vous dit quand même quelque chose, non ? Avec Brel et Brassens, c’était un fameux triumvirat de nos années 60, 70 et 80… Des poêtes ? Non pas des rappeurs, quoique Léo avait quelque chose du slameur quand il balançait ses textes soit a capella soit avec un orchestre pop (ZOO), juste un piano ou un orchestre symphonique derrière lui. Boniface expliquait que Léo était beaucoup moins lisse et conventionnel qu’un Brel ou qu’un Brassens. Plus rentre dedans, plus gueulard contre les médias, le pouvoir en place ou les abrutis de tous poils. Léo n’était pas gentil avec la société. Léo était un homme blessé, dès l’enfance, meurtri aussi par ses amours. Et ce qu’il écrivait était à vous hérisser le poil, à vous foutre le cafard, à vous remettre en question, à pleurer sur ce que vous pensiez être. Non, personne ne fêtera cet immense poète dont les textes, les chansons, les poèmes, les pamphlets n’ont rien perdu de leur force, de leur vigueur et de leur engagement. Plus actuels, en ce moment dans cette époque troublée, tu ne peux pas faire mieux ! Choisir un poème ou un texte ce serait nier tous les autres. Vous vous devez de TOUT écouter ? Prenez le temps. Ne vous arrêtez pas à ce qu’on put dire de lui les gens qui le connaissaient ou croyaient le connaître. Je me souviens à une fête de Lutte Ouvrière devant la jeunesse venue écouter Starshooter, alors que Léo chantait «  le chien » : il s’était approché d’un jeune au premier rang et lui avait balancé avec son sourire et ses fossettes : «  C’est pas facile, Ferré, hein ? ». Non ce n’est pas facile Ferré, c’est pas immédiat comme Booba, Maitre Gims ou même Stromae… Ferré invite à se pencher sur soi-même et à se secouer les neurones pour comprendre son existence dans ce foutoir qu’est la vie. Même Grand Corps Malade l’a zappé dans son récent slam « l’heure des poètes, » lui préférant NTM ou Renaud, et même Aznavour qui au final n’a écrit que peu de textes, ayant ses propres paroliers. Ferré est de ces poètes qu’on muselle parce qu’ils dérangent, parce qu’ils sont sans concessions, parce qu’ils peuvent réveiller les consciences. Ferré peut faire de vous un révolté, un vrai ! NI DIEU NI MAITRE ! Il ne faut pas être comme beaucoup qui se targue d’être poète aujourd’hui, être soumis, ou d’une caste comme il l’écrit dans le texte ci-dessous…

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur le sujet Ferré. De toute façon, il n’aimait pas les hommages, et les cirages de pompes. Prenez juste le temps de lire ce qui suit. Ça s’intitule Préface. Écoutez le aussi si vous pouvez… Tout y est ! Tout est dit. Amis de la poésie. Bonsoir…

PRÉFACE

La poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe

Elle a cependant le privilège de la distinction

Elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore

On ne prend les mots qu´avec des gants

À menstruel, on préfère périodique

Et l´on va répétant qu´il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du codex

Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n´employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu´ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main

Ce n´est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse

Ce n´est pas le mot qui fait la poésie mais la poésie qui illustre le mot

Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s´ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes

Le poète d´aujourd´hui doit être d´une caste, d´un parti ou du Tout-Paris

Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé

La poésie est une clameur

Elle doit être entendue comme la musique

Toute poésie destinée à n´être que lue et enfermée dans sa typographie n´est pas finie

Elle ne prend son sexe qu´avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche

L´embrigadement est un signe des temps, de notre temps

Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes

Les sociétés littéraires, c´est encore la société

La pensée mise en commun est une pensée commune

Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes

Renoir avait les doigts crochus de rhumatisme

Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d´un coup toute sa musique

Beethoven était sourd

Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok

Rutebeuf avait faim

Villon volait pour manger

Tout le monde s´en fout!

L´art n´est pas un bureau d´anthropométrie

La lumière ne se fait que sur les tombes

Nous vivons une époque épique

Et nous n´avons plus rien d´épique

La musique se vend comme le savon à barbe

Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu´à en trouver la formule

Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle

Qui donc inventera le désespoir?

Avec nos avions qui dament le pion au soleil

Avec nos magnétophones qui se souviennent de ces voix qui se sont tues

Avec nos âmes en rades au milieu des rues

Nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions

N´oubliez jamais que ce qu´il y a d´encombrant dans la morale, c´est que c´est toujours la morale des autres

Les plus beaux chants sont des chants de revendication

Le vers doit faire l´amour dans la tête des populations

À l´école de la poésie, on n´apprend pas!

On se bat!

copyright Leo Ferré…

Voilà. Que rajouter après ça ? Écoutez aussi « la solitude » Vous avez Google ?… Taper La solitude Leo Ferré  et vous verrez. Et puis rappelez vous qu’

« Avec le temps va … tout s’en va… »

Oui, le 24 août 2016, à trois jours de mon anniversaire, Léo aurait eu 100 ans cette année, comme mon père… Un autre poète à sa façon.

JUIN 2016

Copyright Albert LABBOUZ pour désespoir Production.

 

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ÊTRE !

J’avais 16 ans et dans un poème adolescent j’avais écrit cette phrase :

« C’est difficile d’être juif, il faut toujours se résigner à partir… » Depuis ma plus tendre enfance, mon père prisonnier de guerre, évadé de l’Allemagne nazie nous répétait toujours : « c’est pas la peine de crier sur les toits qu’on est juifs… » A l‘école, au collège, au lycée très peu savaient mes origines religieuses. On était élevé comme ça, une sorte de mélange entre la peur, la honte et la discrétion. L’Histoire avec un grand H avait imprimé sur nos consciences et nos inconscients, cet indicible secret qu’il ne fallait pas dire à tout le monde. Crucifixion de Jésus, Pogroms, inquisitions, shoah, Dreyfuss … On vivait avec ça avec ce fardeau à porter d’être responsables du malheur universel depuis le début des temps.

Et ces empreintes en France, je les ai trimballées tout le temps. Même auprès de mes copains, de mes amis à qui je devais expliquer ce que c’était être juif. Même chez les plus tolérants, les plus ouverts subsistaient cette idée incongrue que quand même, on est radins, on aime l’argent, on tient la finance, on sait faire des affaires, on est malins, et on est un peu coupables de pas mal de choses. Transmissions reçues de leurs propres parents élevés dans une France qui a vu naître  Philippe Pétain, Charles Mauras, Céline, Occident, la France aux Français et bien entendu le Front National. Non seulement on avait à porter le poids des chambres à gaz, mais aussi le poids sournois de que « quelque part… on l’avait bien un peu cherché… » Comme beaucoup, comme Albert Cohen dans son livre «  Frères humains… ». J’ai parfois été traité de « sale juif. » J’ai parfois répliqué avec mes poings, j’ai parfois aussi fait la sourde oreille ou adopté le mépris.

Au fil des ans, j’ai appris à me débarrasser de ces scarifications, de ces enclumes soudées à mes épaules. Je rigolais même aux blagues millénaires sur les juifs de tous pays. Allez, ne me dites pas que vous n’en connaissaient pas ?… Que vous n’en avaient jamais racontées non plus ni même ri à certaines ?… Et l’Histoire avec un grand H continuait de se dévider sur l’échelle du temps. La guerre d’Algérie est venue amalgamer tout ça. Nous qui avions vécu nos années ensoleillées avec des arabes amis, fraternels, voilà que certains guerriers et politicards, nous renvoyaient dos à dos avec nos frères d’enfance. Juifs contre Arabes. Et si quelque part, nous étions aussi un peu coupables de la colonisation française, hein ? Tous ces Bugeaud, Lyautey n’avaient ils rien avoir avec ce Dreyfuss ? Et ça a continué sur la frise du temps, Israël réclamait son indépendance et ça n’a fait qu’accentuer les tensions. Voilà que politique et religions s’amalgamaient aussi. Et une enclume de plus pour moi ! Voilà qu’il me fallait maitriser mes contradictions, mes ambivalences. OUI Israël doit vivre, NON Israël ne doit pas se comporter en colonisateur. Oui on peut être juif et non sioniste. Oui on peut aimer ses racines, son appartenance et avoir des amis d’autres racines, d’autres appartenances, d’autres religions… Oui on peut revendiquer certains noms juifs brillants sans pour autant crier que nous sommes le peuple élu, et convenir qu’il existe aussi des juifs très cons, (pourquoi beaucoup pensent à Zemmour quand j’écris ça ( rires) ?) Oui on peut être fier d’être juif sans pour autant être pratiquants. Oui, on peut aimer les rituels, les chants yiddish et aussi vibrer dans une église  ou une cathédrale. Oui on peut être critique vis à vis de certaines pratiques religieuses spécifiques au judaïsme et oui on peut aussi blasphémer sans pour autant se démarquer de ses coreligionnaires.

Ah non… Ce n’est pas facile d’être juif… même au sein de sa propre famille, je vous le dis !

Et enfin OUI, voilà où je veux en venir, on ne doit pas se cacher sous prétexte que depuis la nuit des temps on nous pourchasse, on nous massacre aussi… ( relisez le monologue de Shylock dans le marchand de Venise de William Shakespeare. ) Alors à ceux qui la portent, NON, il ne faut enlever la kipa parce que vous risquez d’être agressés.

Balavoine chantait :

Et quand tu marches le soir

Ne tremble pas

Laisse glisser les mauvais regards

Qui pèsent sur toi

L’Aziza ton étoile jaune c’est ta peau

Tu n’as pas le choix

Ne la porte pas comme on porte un fardeau

Ta force c’est ton droit.

Même si je pense dur comme fer que la religion doit se pratiquer dans la sphère privée, je pense aussi que dans la laïcité tout le monde a le droit de ne pas cacher ou taire sa religion dans l’espace public. L’essentiel, qui ne s’applique pas hélas dans les temps que nous vivons, c’est qu’il n’est pas obligatoire de vouloir la faire admettre par le monde entier au point de contraindre, de forcer, et même de massacrer ceux et celles qui ne veulent pas afficher les signes ostentatoires, voire à ceux ou celles qui n’ont pas le désir de la pratiquer.

AH… pauvre mot de liberté tant galvaudé, hélas, et si peu usité. La liberté de porter sans contrainte, voile, kippa, croix, coiffure sikh etc…doit prévaloir… sans pour autant, être un signe de défi ou d’arrogance vis à vis d’autrui…

J’ai longtemps vécu de par tout ce que je viens d’écrire et de vous dire dans cette idée qui a tant fait couler d’encre et de films, et de livres et de sketches, du pauvre juif persécuté, coupable de tout qui se tape la poitrine, qui lève les yeux au ciel en se plaignant à Dieu de ne jamais avoir ce qu’il réclame et d’être presque tout le temps, la risée ou la vindicte des autres, Rires ! … et même en amour… «  Elle ne m’aime pas parce qu’elle sait que je suis juif… » J’ai longtemps vécu dans cette idée, et je sais que j’en ai quelques séquelles encore…Image d’Epinal, parfois hélas proche de la réalité, comme si les légendes créaient le réel, qui se devrait de tomber en désuétude. Ne plus jamais avoir honte de ce que nous sommes, ni d’où venons, ni de qui nous a fait, ni des choix qui nous ont forgés et résumer cela en un seul mot, en un seul verbe, qui que nous soyons.

ÊTRE.

Copyright Albert Labbouz désespoir productions janvier 2016

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