la couverture originale de CharlElie

la première proposition de CharlElie et la bonne !

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Au nom des pères, des fils et de Jocaste…

Il y a très longtemps, j’avais lu un livre que j’avais trouvé génial et qui imposait de se poser des questions, de réfléchir, de se recentrer sur soi afin, peut-être d’y trouver des réponses à sa relation aux autres, à ses enfants et à sa famille, voire plus généralement aux monde… Il s’intitulait : « Traité de Zen et de l’entretien des motocyclettes » Zen and the Art of Motorcycle Maintenance: An Inquiry into Values.. L’auteur un certain Robert Pirsig, dont je n’ai jamais très bien su qui il était sauf aujourd’hui après l’avoir lu sur Wikipédia. Brièvement, le livre raconte le road-movie d’un fils et de son père et de quelques amis (je ne m’en souvenais pas des amis, sauf après avoir lu sur Wikipédia), à travers les USA. Je ne résumerais pas le livre, si le coeur vous en dit lisez le ou bien regardez sur Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Traité_du_zen_et_de_l%27entretien_des_motocyclettes,

car mon propos sur ce billet que je rédige, n’est pas de faire la critique d’un livre paru en 1974 et que j’ai adoré au début des années 80 après l’avoir lu. Je n’en révèlerai pas la fin non plus, car tout le voyage de ce père et de ce fils prend tout son sens dans les dernières pages, voire les dernières lignes du livre, si vous le lisez donc, ne lisez pas machinalement les dernières lignes… Vous comprenez pourquoi. Mais l’idée de ce livre ne m’a pas quitté tout au long des trois semaines que je viens de passer aux Etats Unis, pour y laisser mon fils y vivre sa vie, celle dont il a toujours rêvé et qu’il a choisi. Je devais avoir pas loin de son âge quand j’ai lu ce livre. Je n’étais donc pas père, mais fils. Fils comme peuvent être ou doivent être les fils avec leur père, un jour, un an, dix et souvent plus avec leur père, c’est à dire un fils en conflit, un fils en rébellion sans cause ou plutôt avec des causes qu’il s’invente, qu’il crée pour… – attention les grands mots vont être lâchés – … pour tuer et le père, pour être en conformité comme tous les garçons du monde, (enfin je crois … ) avec son Oedipe. Qui n’en a pas eu (d’Oedipe) peut se poser la question de son développement psychique. Quel est le garçon qui un jour ou l’autre n’a pas eu à incriminer son père, présent, absent ou manquant, pour des raisons qui, somme toute, n’appartenaient qu’à lui, car l’explication avec le père (quand il y en avait une et que le père était présent) se résumait de toute façon à une incompréhension absolu de la part du père sur les reproches du fils ? Et le serpent se mordait la queue, puisque le conflit s’enkystait.

Que reprochais-je à mon père, moi, en nos temps de conflit ? Si aujourd’hui je peux y mettre des mots, à l’époque je dois bien l’avouer c’était flou, sinon d’être en conflit. Je lui reprochais sans doute, de ne pas me comprendre, de ne pas me soutenir, de ne pas m’aider dans ma recherche d’espoirs artistiques, ça c’était le dit… Mais le non-dit, n’était-ce pas plutôt : je ne veux pas lui ressembler, il n’a pas réussi, il est moins cultivé que moi, aucun discours n’est possible : il a toujours raison et je ne veux pas l’admettre (les pères doivent ils toujours avoir raison ?) Il ne me prend pas au sérieux … Et en cherchant plus loin que les non-dit, n’y trouverait on pas cette pauvre Jocaste, la mère d’Œdipe ? Plus que d’avoir couché avec sa mère, n’est-ce pas la question même de la naissance qui est posée ? La naissance ! Sa propre naissance ! Pourquoi ma mère a couché avec cet homme, dans lequel je ne me reconnais pas ou plutôt dans lequel je ne veux pas me reconnaître, reconnaitre que je suis issu de lui ? Sont-ce ces questions insolubles qui poussent les fils à rejeter les pères, à créer des années de froideur pour qu’un jour à la mort du père, ils se voiten obligé de dire «  Pardon » comme à ce rabbin qui m’obligea à le dire en tenant dans ma main la main refroidie de mon père sous son linceul dans son cercueil. Moi, j’avais dit à mon psy le lendemain de l’enterrement : «  Tout n’a pas été dit… » Et mon psy m’avait répondu : «  On ne dit jamais tout. » De quoi les fils ont-ils à se faire pardonner, en fait ? De n’avoir pas été le fils souhaité, rêvé par le père, tout comme le père n’a pas été le père idéal pour le fils ? Et il ne peut y avoir de réponse si on se demande ce qu’est un fils idéal, ce qu’est un père rêvé. Ce que je sais, si on part de l’hypothèse d’une relation «  normale » entre un fils et un père, je veux dire par « normale » que le père ne soit pas maltraitant ou totalement absent ou inconnu, bref qu’il existe, – donc si on part d’une relation normale, avec un développement normal du fils, je veux dire par « développement normal », que le fils ne soit pas déficient mentalement reconnu par les normes OMS, ou atteint de malformation génétique grave… Je ne parle pas d’handicap physique, ou de malvoyance ou de surdité ; un fils handicapé, sourd ou malvoyant a surement comme tous les autres fils des conflits parentaux. Donc ce que je sais, c’est qu’à la base entre les pères et les fils s’instaurent dans un premier temps une relation d’autorité, de surmoi aurait dit Freud, qui mène à l’éducation, à l’apprentissage des premiers âges de la vie. Le père transmet ou essaie de transmettre ce qui croit être le mieux, le meilleur diront d’aucuns, pour le fils. La transmission est le premier pas vers cette relation entre le père et le fils, et cette transmission ne se fait pas sans le concours de Jocaste, la mère, qui elle aussi ajoute sa propre transmission à celle du père, et ce, tout en reconnaissant la transmission du père ce qui permet à l’enfant de percevoir la place que Jocaste donne au père au sein de ce premier triangle. S’il y a défaillance de la part de Jocaste, c’est à dire que si elle ne montre pas au fils la place qu’elle donne au père, les relations de ce triangle et particulièrement entre le père et le fils risquent d’être conflictuelles, et ne permettront pas au fils de vivre, si j’ose dire, sereinement son Œdipe quand il sera temps de le vivre et de le dépasser.

Ces considérations théoriques un peu longues de départ pour développer ce qui va suivre, sont hélas nécessaires, afin de faire comprendre mon propos. Je ne tiens pas à ce qu’on assimile ce que vous allez lire à des propos passéiste, pétainistes voire zémourien… Car je vais parler d’autorité parentale et paternelle, et de son contraire perte, bafouage de cette autorité, de respect, et de ses contraires : impertinence, insolence, arrogance, désobéissance, de reconnaissance et d’ingratitude, et tout cela pour ne parler au final que d’amour… mais ne mettons pas les bœufs sans leur charrue…

Quel est le point de rupture entre un fils et son père ? L’adolescence ? Quand un fils décide-t-il que son père ne le voit pas comme il aimerait être vu ? Car c’est de cela qu’il s’agit. Pour le fils, la vision du père qu’il a de lui ne correspond pas, plus, à ce qu’il est, ce qu’il devient. Mon avis totalement subjectif, c’est que le fils se trompe… Je me suis trompé, je peux l’affirmer aujourd’hui. Le père « normal », voit son fils grandir, voit son fils changer sur le chemin de la maturité. Là où ça achoppe, c’est quand le père veut guider le fils pour lui éviter des écueils. Le fils refuse d’être guidé, alors qu’enfant il réclamait cette guidance. Tous les conseils du père sont à mettre aux ordures, le fils veut faire comme lui a envie, comme lui le sent et le voit. Il est sur le chemin de la transgression qui parfois peut faire des ravages. Certains disent : « il faut le laisser se tromper, le laisser faire des erreurs, il faut que jeunesse se passe etc… » Mais un père a-t-il le droit de laisser son fils tomber insidieusement dans l’alcoolisme, la drogue, les conduites à risques, la délinquance sous prétexte que le fils doit expérimenter ses limites ? La Loi au sens biblique du terme, ne doit elle pas intervenir ? Le NON, l’interdiction avec discussion voire même punition ne doit elle pas intervenir ? Et comment ? Sous prétexte que son fils devient adulte, le père doit il être permissif et tolérer les errances, les erreurs de son fils ? Je dis le père, mais Jocaste que doit elle dire à sa progéniture ? Doit-elle, parce qu’elle est séduite par le regain d’amour du fils pour elle (tjs l’Œdipe), se taire et laisser faire ? Doit-elle, une fois de plus, réaffirmer, la place du père ? La place d’autorité qu’elle soit paternelle ou maternelle n’est pas une place facile à vivre quand le fils entre dans cette période de bouleversement. Mais père et mère doivent se tenir les coudes dans les bras de fer avec le fils. Chacun doit affirmer et réaffirmer, quels que soient les divergences entre la mère et le père (l’homme et la femme) la place et l’autorité à ne pas bafouer de chacun, par respect déjà et par éducation ensuite. Les parents (normaux) n’ont pas éduqué un fils pour s’entendre être traité avec vulgarité, insolence et irrespect. Le fils veut un coupable idéal. C’est à n’en point douter ce père dont il ne veut plus. Il veut être LUI (le fils) sans LUI (le père) Lui sans lui ! Mais le fils qui vit ce chamboulement a-t-il le droit parce qu’il est en colère, en révolte, en rupture de salir le père pour le tuer. A-t-il le droit de l’insulter, de le conspuer, de le railler, de l’avilir ? Il doit tuer ce père, pas l’assassiner et surtout, surtout ne pas le blesser. Il doit le faire proprement, pas salement. Ce n’est plus Abraham qui va tuer Isaac, mais Isaac qui tue Abraham. Les rôles s’inversent en toute illogisme. Et pourquoi ? Désobéir, oui, mais avec élégance. Transgresser, oui, mais avec dignité. Tuer le père ne signifie pas s’abimer soi-même. Le fils doit savoir gérer sa culpabilité présente de tuer son père, mais il doit aussi projeter sa culpabilité dans le futur pour mieux s’en débarrasser une fois les tempêtes de l’adolescence passées, car le capital culpabilité peut être lourd à trainer à la mort du père. Les insultes, les mauvais mots, les gestes dégueulasses resurgiront dans la balance et comme il sera dur pour le fils d’avancer parfois quand, dans des moments de vie difficiles, le fils aura besoin du père qui n’est plus là, car il se dira, si j’avais mieux agi parfois avec lui, je saurai quoi faire là. Il me le soufflerait dans le vent.

Dans notre société, combien de fois par jour les pères sont bafoués, reniés, déniés tués sans élégance, salement avec insolence et parfois violence ? Il suffit de regarder autour de nous, de l’incivilité la plus simple aux agressions les plus tordues, voire aux actes terroristes… Les fils, ne veulent plus de père, de LOI. Le langage a sa part de responsabilité. Les fils sous prétexte de modernité n’hésitent plus à oser l’irrespect langagier vis à vis de leurs aînés. C’est le prof qu’on insulte, c’est l’homme qu’on agresse dans le métro, c’est l’intellectuel qu’on conspue et qu’on raille, c’est le gardien du temple qu’on décapite. Mais c’est aussi l’Histoire qu’on nie, la culture qu’on dynamite. Chaque fois qu’un chêne centenaire tombe sous la hache des roseaux dénaturés, c’est un morceau de terre qui meurt. Et se débarrasser ainsi des pères c’est faire mourir l’univers.

Je sais que mes propos abscons ou symboliques peuvent interroger ceux qui lisent ce billet. Mais, mon ressenti actuel, l’âge aidant, me fait poser des questions quasi existentielles sur le vivre dans un noyau familial que l’on a voulu, que l’on a choisi et dont on espérait beaucoup sur une vie entière. Les fils s’en vont, les pères vieillissent, Jocaste pleure intérieurement sans le montrer. Sont ce des raisons pour les fils de pratiquer la politique de la terre brûlée. Détruire le passé et enterrer l’enfance en oubliant les joies et les imperfections familiales qui les faisaient tant rire, quand ils étaient petits, est-ce le bon agir ?

Je hais l’angélisme de ceux qui prétendent avec conviction que leurs parents ont été exemplaires et qu’ils ont été des fils sans animosité envers eux…  avec « comme tout le monde » ajoutent-ils  » quelques différends… c’est bien normal… » Ce sont ces différends qui font le ciment des futures relations adultes entre un fils devenu Homme et un père devenu Passé.

J’aime les images, j’aime la nostalgie, j’aime les fulgurances joyeuses du passé et aujourd’hui je sais, – mais est-ce déjà trop tard ?-, qu’il est inutile de mettre dans sa besace des fruits que l’on ne pourra pas conserver parce qu’ils sont déjà pourris. Donc, laisser les haines, les petits reproches, les incompréhensions passagères dans la poubelle jaune…

Dans « Traité de Zen et de l’entretien des motocyclettes », toute la route de ce père et de ce fils invite à une réflexion quasi permanente sur nos actes, nos paroles et leurs conséquences ainsi qu’une autre sur le ici et maintenant doublée de l’attention que nous devons porter à autrui, non seulement à ceux qui sont dans la souffrance, mais aussi à ceux qui nous aiment et dont il ne faut pas douter.

Trois chansons de Leonard Cohen ( revenir à Cohen encore…) traitent de ce thème Père/fils.

The Butcher http://www.leonardcohensite.com/songs/butcher.htm,

Story of Isaac http://www.leonardcohensite.com/songs/story_of.htm

Et lover, lover, lover  http://www.leonardcohensite.com/songs/lover.htm

Le dernier vers de The Butcher est

« it’s your world son… »

Ne me laisse pas maintenant,

Ne me laisse pas maintenant,

Je suis encore brisé

D’une chute récente

Du sang sur mon corps

Et de la glace sur mon âme,

Montre le chemin, mon fils, c’est ton monde.

(trad Céline Robitaille)

Belle transmission quand le père demande au fils de l’aider, de le conduire lui qui s’est égaré parfois.

Les deux dernières strophe de Story of Isaac sont, on ne peut plus claires :

Vous qui bâtissez les autels à présent

Pour sacrifier ces enfants

Vous ne devez plus jamais le faire.

Un projet n’est pas une vision

Et jamais vous n’avez eu de tentation

Ni par le ciel ni par l’enfer.

Vous qui êtes debout devant eux maintenant

Vos hachettes émoussées et sanglantes

Vous n’étiez pas là hier.

Lorsque je gisais sur une montagne

Et que la main de mon père était tremblante

De la beauté du verbe.

 Et si maintenant vous m’appelez frère

Pardonnez-moi si je m’enquiers

En vertu de quelle volonté ?

Quand tout cela tombera en poussière

S’il le faut je vous tuerai

Si je le peux je vous aiderai.

Quand tout cela tombera en poussière

S’il le faut je vous aiderai

Si je le peux je vous tuerai.

Et pitié pour notre uniforme

Homme de paix ou homme de guerre

Le paon fait la roue.

(trad jacques Vassal)

Non seulement les pères n’ont pas à sacrifier leurs enfants mais si l’idée de ce sacrifice passe dans la tête du père, les fils doivent respecter leur père tout en niant le geste de ce sacrifice inutile. (en gras). Quant à ce paon qui fait la roue, cela signifie sans doute qu’il n’y a rien de glorieux à tout ça à se pavaner pour ce genre de sacrifice et les conflits qu’ils engendrent.

Et enfin Lover, Lover, Lover dialogue entre un père et un fils qui s’interroge sur son histoire, sa filiation, c’est aussi une mise en abyme parfaite du conflit judéo-palestinien. Et qui somme toute résume fort bien tout mon propos, ici.

Le premier vers de lover, lover, lover est :

« I ask my father , please father change my name ».

J’ai appelé mon père,

J’ai dit « Père, change mon nom,

Celui que je porte est tout couvert

De peur, de boue, de lâchée, de honte ».

 Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

 Il dit « Je t’ai enfermé dans ce corps,

Je l’ai voulu comme une épreuve,

Tu peux l’envoyer comme une arme,

Ou pour rendre une femme heureuse ».

 Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

 Laisse moi recommencer,

Oh, s’il te plaît,

Cette fois, je veux un beau visage,

Et dans mon âme, je veux la paix.

 Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

 Il dit « Je n’ai pas lâché, tu sais,

Je n’ai pas tourné la page,

C’est toi qui a bâti le temple

Et couvert mon visage ».

Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

 Et fais que cette chanson

S’élève haut et pur d’esprit,

Qu’elle soit un bouclier pour toi,

Une arme contre l’ennemi.

 Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

Oh, lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover, reviens vers moi.

( trad Graeme Allwright)

Je vous avais dit que cela se terminerait pas de l’amour…

Voilà, ces réflexions, suffiront elles à faire avancer le schmilblick générationnel éternel ? Je ne pense pas, vraiment pas, car cela se perpétuera jusqu’à la fin des temps. Ces questions font partie, hélas, d’un cheminement perpétuel irrémédiable.  Nous sommes impuissants à les ignorer, à passé outre, voire à les anéantir. Nous nous sommes, il me semble, tous construits ainsi, encore faut il réussir à ne ne pas se détruire.

Si les fils ne peuvent pas compter sur les pères, si les pères ne peuvent s’appuyer sur les fils où va  ton ? Que peut il advenir de nos vies futures ?

Le paon fait peut être la roue, mais les blessures et leurs cicatrices demeurent. Cependant, elles peuvent parfois devenir une fierté au point de les exhiber.

ALBERT LABBOUZ pour Désespoir Productions Août/Septembre 2015

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laïcité… quand tu nous lâches.

« Nous souhaitons à tous les musulmans de la ligne B un joyeuse fête et une belle journée… » entendu sur les hauts parleur de la Station du RER.

Aujourd’hui dernier jour de Ramadan. fête de l’Aïd…

Je me pose la question de savoir si la SNCF et la RATP renouvellera ce genre d’annonce aux usagers Chrétiens et protestants des transports en communs pour un Joyeux Noêl ou belle Ascension, aux usagers juifs des différentes lignes de bus, de métro, de trains, de RER  » pour un bon Yom Kippour ou/et de joyeuses fêtes de Pessah », pour un « bon Guru Granth Sahib » aux sikhs de France, pour un « Bon Vesak / Visakha » aux bouddhistes, pour « un excellent Chunjie ou Xiayuan » aux chinois et pour une magnifique indépendance à tous les athées.

Face à notre mixité religieuse en France, pourquoi privilégier telle ou telle religion au point de la célébrer jusque dans les transports en communs où se côtoient hommes et femmes de toutes confessions, de toutes nationalités ? J’avoue que je ne comprends pas … La Laïcité n’est elle pas un principe de base de notre société ? La religion ne doit elle pas être et rester une affaire personnelle et privée au sein de ses églises, de ses synagogues, de ses temples et de la sphère privée ?

Il est de toute première instance que la laïcité doit garder droit de cité, et si j’ai envie de célébrer ou de faire passer un message fraternel à mes amis musulmans, juifs, bouddhistes, protestants ou athées à l’occasion d’une de leurs fêtes, je le ferai, mais à titre personnel et directement sans passer par un haut parleur. En espérant qu’ils m’inviteront pour goûter leurs pâtisseries …

Qu’est ce qu’une société telle que la SNCF ou la RATP a besoin de le faire pour moi …?

Espèrent t elles avoir droit aux gâteaux et friandises de fêtes ?

expliquez moi !

Juillet 2015. copyright Albert Labbouz désespoir productions

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ICONES…

Quand un artiste devient une icône, le discernement n’a plus sa place… et vous êtes forcément un outlaw, un hors-la-loi un banni si vous émettez la moindre critique.

Ce tweet laconique que j’ai posté l’autre jour m’est venu spontanément, suite à tout ce que je lis et entend sur Renaud, et avant lui, sur Ferrat, sur Dutronc, et je le sens venir gros comme une maison, bientôt, sur Aznavour.

L’idée d’artiste incontournable me gonfle. Dieu, et toutes celles et tous ceux qui me connaissent savent à quel point, j’aime et admire certains artistes. La liste est fournie : de Leonard Cohen à CharlElie, en passant par Dylan, Springsteen, Brassens, Ferré, Souchon, Eicher … et des tas d’autres … Mais à aucun moment, malgré le très grand respect et l’incommensurable admiration que j’aie pour certains d’entre eux, à aucun moment, je ne m’en suis fait des icônes intouchables, non critiquables comme si la moindre de leur production eut été de l’or ou du pain béni, et que quoiqu’ils fassent, quoiqu’ils disent leur actes et leurs mots soient gestes sacrés ou paroles d’évangiles. Même ma référence ultime Leonard Cohen peut avoir droit à des critiques de ma part, certaines chansons, ou poèmes sont légers voire pas terribles du tout. Je n’aime pas par exemple une chanson comme Jazz Police, et ne suis pas convaincu que l’album Deart Heather soit le meilleur de sa carrière. Je suis aussi très circonspect sur sa tournée à rallonge pour renflouer les caisses de son manager actuel. Son retour m’avait ravi, enchanté et les premiers concerts étaient d’une émotion non dissimulable autant pour lui que pour son public. Quant à sa vie en dehors des concerts, je la connais un peu et je sais que dans le passé, il le sous entend parfois lui-même, il n’a pas été très « correct » vis à vis de ses femmes ou de ses enfants … Pour chaque artiste que j’aime, je pourrais en dire autant, tant sur le volet artistique que sur le volet personnel. J’ai même écrit, certains le savent, un livre là dessus : Rencontres étoilées dont le fond, en fait, était pour dire que la notoriété abîme, que les artistes ne sont que des humains fêlés pour la plupart, c’est à dire avec une fêlure (même si elle est bien dissimulée), et que seules les éclaboussures de leurs œuvres nous apaisent.

ALORS…

Quand je vois les hommages à tire-larigot sur Renaud à l’heure actuelle, je suis passablement énervé. Certes, j’aime beaucoup ses chansons et certaines sont des bijoux, mais, enfin quoi, sachons raison gardée, pas mal sont des déchets aussi, écrites comme qui dirait à la sauvette … Chansons faciles, chansons parfois même limite débiles, voire très démago pour certaines et bourrée de contradictions pour d’autres. «  Société tu m’auras pas… » Mon œil ! Elle l’a bien eue, et il n’a pas craché dans le petit jaune pour se laisser avoir. Attention, mon écriture n’a pas pour but de démonter Renaud. Je reconnais son mal être, ses fêlures et je sais quels ont été les moteurs de ses créations. Je sais aussi que dans les années 70/80 il a aidé pas mal de jeunes à se trouver un idéal de révolté, voire politique. Moi, (attention je vais parler comme un vieux …) – c’était Brassens et Ferré… Mais, loin de moi pour trouver des excuses à l’alcoolisme de Renaud, comme je ne peux pas trouver des excuses aux tueurs et gangsters repentis parce qu’ils ont écrit un livre en prison. Quand j’ai entendu Olivia Ruiz dire qu’elle aurait rêvé avoir un père comme lui, je frémis. Un père alcoolique ? Demandez à tous les enfants qui ont en un, s’ils sont heureux. Demandez à tous les adultes qui en ont eu un, s’ils n’auraient pas préféré que leur père ne le soit pas, ou pour nuancer, un peu moins…

Pour élever un peu le propos, réfléchissons un peu à l’idée d’icône. On n’est pas loin de la religiosité, du mystique, de la sainteté. On peut brûler un cierge pour une icône, lui demander de changer nos vies, de la rendre meilleure.  On se prosterne devant une icône. On peut aussi prier tous les soirs devant son image avant de s’endormir. On peut  se battre pour elle, voire tuer pour elle et pourquoi pas créer une religion, une secte. Oui… Je vais trop loin… Je sais… Mais réfléchissons bien dans l’époque dans laquelle nous vivons à ces êtres qui parce qu’ils vénèrent une icône, un saint, un Dieu sont hors la vie, hors la réalité. Ils vont jusqu’à se cloner pour lui ressembler. Ils se dépersonnalisent, assujettissent ceux qui n’aiment pas comme eux leur idole. Certains tombent en déprime ou se suicident quand leur icône disparait. Oui… je sais… je vais encore trop loin.Mais pas tant que ça, non?

Tout ça pour dire quoi ?

Pour dire que l’admiration, que l’apport intellectuel, culturel que peut nous apporter un artiste ne mérite pas qu’on le déifie. Comme le disait François Béranger : « ils pissent et chient comme tous les autres… » Humains avant tout ! Et aucun humain ne peut se permettre d’aveugler de son aura d’autres humains.

Ce qui fait la force d’un humain, un vrai c’est qu’il est génial de par son existence, mais qu’il est aussi critiquable dans ces actes, dans ses mots, dans ses contradictions. Et, en ça, tout unique qu’il soit, s’il est artiste, il est aussi votre semblable, proche de vous, proche de toi qui est tout aussi unique que lui, même si vous, même si tu n’es pas artiste ou créateur.

Copyright Albert Labbouz pour Desespoir Productions. Mai 2015

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Participes Presents.

Dans ces temps troubles et troublés, je ne peux résister à copier ici les paroles d’une chanson de François Béranger de 1978. Pour replacer dans le contexte, Béranger s’étonnait de voir des mecs à ses concerts le traiter de démago ou de vendu ou de récupéré par tel ou tel parti. Maitre François s’étonnat aussi que d’autres attendaient de lui qu’il soit le leader sauveur de la politique foireuse de l’époque, parce qu il avait écrit magouille blues ou Manifeste. Il mettait les choses au point dans cette chanson  » Participes présent ».

Lisez là attentivement. Rien n’a vieilli. Tout est là, comme prophétique. Remplacez Chili, par Syrie. Pinochet par Bachar El Assad ou n’importe quel dirigeant dictateur de notre pauvre siècle sur notre malheureuse planète du XXI e siècle.

lisez aussi attentivement le couplet sur les critiques et sur la poésie.

Whah’s new pussy cat ?

Il serait grand temps, sans nostalgie aucune de réécouter François Béranger et ces artistes qui nous faisaient penser et agir sur le monde, sur nos vies sans céder aux sirènes médiatiques et  autres « pipolisation » de merde qui font chanter Ferrat par exemple à des mecs comme Julien Doré, Grégoire ou Natasha St Pier. Tant qu’il y’a du fric à se  faire… tout est bon… non ?  lisez cet article de Michel Kemper http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2015/02/01/reprises-de-ferrat-tant-quil-y-aura-du-fric-a-se-faire/

et voici la copie de la chanson de  François Béranger…

Participes présents
Je participe au présent
Recevant en pleine gueule
Comme des coups de poing des mots blessants
Le plus marrant c’est que ces mots
Viennent de mecs aussi crédibles
Que ceux qui gueulent au premier rang
« Pinochet, con, salaud, truand ! »
Assis sur leur cul et fumant
Des joints à prix exorbitant

Participes présents
Je participe au présent
J’entends « Chili, Chili, Chili ! »
On crie Chili, je vois des chilomes
Je m’ dis y a quèque chose qu’est pas clair
Chili va pas avec chilome
Jusqu’où ira-t-on s’enfonçant
Dans l’absurdité des slogans
Derrière les slogans le néant
Les modes passent avec le temps

Participes présents
Je participe au présent
Chili s’en va dans les mémoires
Souffrances lointaines passant de mode
Cependant que les réfugiés
De là-bas aux gueules tragiques
S’enfoncent en grinçant des dents
Dans notre pays si accueillant
Vous savez bien, la terre d’asile
Des réprouvés de tous les temps

Participes présents
Je participe au présent
Me tenant là debout chantant
Du plus qu’ je peux avec mes tripes
Du plus qu’ je peux sincèrement
Me tenant là et regardant
Les purs et durs du premier rang
Les purs et durs qui n’ sont souvent
Qu’ des troubles et mous dissimulant
Tous leurs problèmes en les niant

Participes présents
Je participe au présent
Disant « Purs et durs, troubles et mous
Cessez de larguer sur les autres
Vos propres malaises angoissants »
Car, savez-vous, c’est étonnant
Ils pissent et chient comme les autres
Et disent que non, c’est un miracle
Non, ce n’est pas du tout-venant
La Nouvelle Race des Élus

Participes présents
Je participe au présent
Disant avec mes quarante ans
Mes quarante années de jeunesse
« Jeunesse, fais gaffe à tes arrières
Demain, les vieilles moules cosmiques
Venues des contrées de l’angoisse
Viendront te pincer dans tes jeans »
Pure dureté, dure pureté
Fondront comme une glace dans l’ métro

Participes présents
Je participe au présent
Revendiquant plus que jamais
Même me gourant, même déconnant
Le droit de dire ce que j’ ressens
Car je ne suis pas une image
Ni un gourou ni un slogan
Je ne suis pas votre alibi
Tarzan, Zorro ou Jésus-Christ
Je suis qu’un simple con chantant

Participes présents
Je participe au présent
Déchiffrant en me bidonnant
La prose poisseuse des critiques
La diarrhée des maîtres à penser
Sur les artistes, l’art et le monde
Pauvres débiles dont la tête
N’est souvent que vieille machine
À coller sur chacun de nous
Une étiquette indélébile

Participes présents
Je participe au présent
Voyant avec effarement
Qu’on croit encore dur comme fer
Qu’un poète c’est très différent
D’un prolo qui va au charbon
Alors que si poète il y a
C’est dans les combats qu’il se trouve
Dans le combat des p’tits matins
Dans les lendemains qui déchantent. Francois Béranger 1978

Méditez… Pensez… Agissez…

Copyright Albert Labbouz avril 2015 pour desespoir Productions.

 

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OMBRES DANS LA NUIT. ( Est-ce cela vieillir, mister Dylan ? )

Non… je ne pouvais pas ne rien écrire là-dessus. Si on suit un peu mes articles sur ce blog, on se sera aperçu de l’importance que j’attache au temps qui passe, aux choses qui se transforment ou disparaissent, ou virent de bord. Certes l’inexorabilité de la machine temps démontre avec force que rien ne peut être comme avant et parfois tant mieux, et comme dit ma mère:  » on ne peut pas être et avoir été »… La nostalgie n’a rien à voir là dedans, bien sûr. On peut aimer ce qu’on a aimé autrefois et constater qu’aujourd’hui ce n’est plus pareil. J’aime toujours autant Leonard Cohen même si je constate que sa voix a changé, que sa révolte poétique des années 70 s’est muée en sagesse bouddhiste et fatalisme optimiste dans nos années 2000. J’ai cheminé avec lui, comme je chemine avec Springsteen ou Couture. Les autres comme Béranger ou Brassens ou Lou Reed ont rejoint les vraies étoiles pour une éternité méritée et leurs chants sont à jamais figés dans ces époque de notre jeunesse éloignée. Figés mais continuellement présents. Néanmoins, tous ces quelque peu modèles ou en tous cas influences sont restés tels qu’en eux mêmes, et je n’ai pas l’impression qu’ils aient eu recours à une quelconque chirurgie esthétiquement mentale pour rester eux même. Bref, il me semble, mais je peux me tromper, qu’ils ont su garder leur âme et qu’on les écoute en 1970 ou en 2000, si l’âge de leur artères est ce qu’elle est, en tout cas, ils sont bien source d’évocation de ce que nous sommes et sommes restés. Vous suivez ? Et puis voilà, fidèle à mes goûts et fors de ce que j’ai essayé d’expliquer plus haut, j’ai tout naturellement acheté le dernier BOB DYLAN:  » Shadows in the night. » Comme d’hab, sans me demander si c’était autre chose que du Dylan, que j’achetais et que j’allais écouter. Et même si je connais un tant soit peu le bonhomme et ses lubies, ses provocations musicales ( l’album Saved, l’album slow train is coming pour sa pseudo conversion au christianisme, et même l’inaudible et j’ose l’écrire  » l’inécoutable  » Dylan sings Christmas)…ou sa façon de massacrer en concert ses propres standards, renouvelant sans cesse son interprétation, l’instrumentation, voire même les mélodies, je m’en fous, je  me dis que DYLAN is DYLAN et tant pis pour Donovan. Je sais le bonhomme capricieux, secret, éternellement  » on the road » ( son show s’appelle le Never ending Tour, c’est dire). C’est Dylan revenu de la mort qui a failli crever maintes fois par delà, les drogues, les accidents de motos, les ruptures sentimentales, les producteurs qui tentent d’autres réalisations de ces albums; bref c’est Bob Dylan quoi, certes plus Robert Zimmermann de Greenwich Village ou Zimmy de Blonde on Blonde, ni même Bobby de Budokan. Dylan a vieilli, mais reste tel qu’en lui même. Certes dans  les concerts on adorerait retrouver son phrasé nasillard, son harmonica au tour du cou et sa guitare acoustique pour un bon  » Blowin’ in the wind« , mais bon, on accepte d’à peine retrouver la mélodie et on accepte même qu’il joue dans la pénombre et au piano électrique. Mais là, voilà  » Shadows in the night« , et patatras, le bonhomme par je ne sais quel lubie a décidé de nous chanter des standards du répertoire crooner de Franck Sinatra ! Je dis bien chanter, de sa voix éraillée! Il en mourrait d’envie depuis des années paraitrait-il… Je pense que les puristes du Folk Song lors du Festival de Newport, le temple de la Folk Music, le 24 JUILLET 1965, quand  Dylan était arrivé sur scène avec une guitare électrique, avec le Paul Butterfield Blues Band en éructant « Ain’t got no work in maggie’s farm no more« ont du éviter la crise cardiaque tant ils avaient le sentiment d’une pure trahison. Ben moi, je ne suis pas passé loin de ça. Je me suis dit que cela ne pouvait pas être une ultime provocation, une sale blague, non, il aurait été plus violent que ça, en s’essayant au rap ou à la musique dodécaphonique pour chanter Like a rolling stone, mais il aurait été DYLAN: THE REEL DYLAN ! Imaginez, je ne sais pas, Bruce Springsteen chantant du Céline Dion ou Bertrand Cantat s’essayant au répertoire de Julio Iglesias ou Mick Jagger reprenant Dean Martin, avec sérieux. Que diriez vous ? Moi, je me suis demandé, ce qu’on avait versé dans le whisky de Bob ou si on ne lui avait pas fait prendre trop de Zolpiderm avant sa camomille du soir dans sa maison de retraite. Et je me suis demandé, je n’aurai jamais la réponse, s’il ne se foutait pas de notre gueule, un peu tout même. Cela ressemble, pour moi, à un suicide. Je suffoque presque quand je l’entends chanter les feuilles mortes  » Autumn leaves… » J’ai l’impression d’être dans un épisode de la 4 eme dimension. Qu’est ce qu’ils lui ont fait ? Est ce cela vieillir ? Mort le Dylan que vous avez suivi, écouté, aimé et défendu depuis 1960. Sénile l’apôtre de la contre-culture ?  ça m’a fait le même effet  que lorsque j’avais appris que Mikis Theodorakis s’était affilié à un parti d’extrême droite en grec. Naturellement, je me suis précipité pour lire les critiques des spécialistes Dylaniens, convaincus qu’ils ne seraient pas loin de mon propos … Ben… non…les voilà qui criaient au génie: « Dylan rechantait… enfin… Dylan reprend avec élégance Frank Sinatra, Magistral… etc… » Et ils parlent de sérénité… De vieillesse pourrie, OUI !  Et puis j’ai appris que Dylan avait décidé que ce serait son dernier album studio. OUI, le dernier Dylan pour de bon !  Je me suis  d’abord posé la question de savoir si j’allais le mettre dans mon Ipod ? Ensuite, je  n’avais plus qu’à pleurer le cul par terre toutes les larmes de mon corps, car c’est décidément pas beau de vieillir et de finir comme ça. Nous nous étions pourtant tant aimés… Ombres dans la nuit ? Oui… certainement, l’ombre de lui-même et quelque part de nous mêmes … Allez une verveine et au lit !

Copyright ALBERT LABBOUZ pour desespoir productions Février 2015

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A LA TRACE, JE SUIS CHARLIE… ( une stèle)

Il m’aura fallu presqu’une semaine pour que je puisse avoir le Charlie Hebdo d’après… J’ai halluciné de voir qu’il n’y avait pas que pour Apple qu’on pouvait dormir dans sa voiture pour être le premier à avoir ce numéro. Ça m’a fait rire. J’ai encore ri quand j’ai vu les files d’attente devant les kiosques. Charlie-Hebdo mieux que pour avoir des places pour les Rolling Stones au Stade de France ! Etre au premier rang de ceux qui ont eu mal et qui veulent retrouver les fantômes de leur jeunesse. Vous savez ? Quand les parents voyaient d’un sale œil la lecture de ce papier qui à l’origine était bête et méchant. Tu te souviens Cavanna ? Tu te souviens Reiser ? Tu te souviens Choron ? Tu te souviens Gébé ? Tu te souviens de l’An 01 ? Tu te souviens qu’acheter ce canard c’était être dans la marge, c’était se démarquer des sociétés, des flics, des cons surtout… et qu’acheter ce canard c’était surtout afficher sa colère en riant en se disant que les cons c’est les autres dans leur enfer quotidien, politique, religieux.

Il n’a pas été une journée depuis le 7 janvier où je n’ai pas pleuré. Parfois en cachette, parfois en famille, parfois dans la foule… Pas une journée où je n’ai pas repensé à mes années 70 et à ceux qui, sans que je le sache, m’avaient forgé des convictions, une liberté et un humour salvateur. Ferré se demandait qui saurait réparer l’âme des amants tristes… Et je me demandais qui saurait réparer cette douleur, d’avoir perdu Charlie-Hebdo et du même coup un pan entier de ma jeunesse. Ferré, encore lui disait : «  Au fond t’es un journal, on te prend, on te lit, on te froisse, on te jette. » Et c’est ce que nous faisions avec notre Charlie-hebdo quand on l’achetait… enfin non… pas vraiment… On le mettait longtemps dans les chiottes pour pouvoir le relire en riant assis sur son trône où sont tous les rois des cons. Et puis du chiotte, il passait au grenier, à la cave ou il devenait collection. Et les années ont passé comme ça… Choron est parti, Cavanna aussi… et on l’a laissé ronronner Charlie-hebdo, ronronner et s’asphyxier sans même lui tendre la main. Certes, on souriait encore quand les cons religieux ne comprenant rien à rien lançaient des fatwa pour de vrai, mais bon… on compatissait sans trop rien dire… non plus, et il continuait à s’asphyxiait Charlie… les cons de droite, jouaient même les consensuels pour ne pas jeter de l’huile sur le feu, manier les choux et les chèvres. C’est qu’on l’aurait laissé mourir pour de bon notre Charlie, s’éteindre comme les dinosaures !!! En vieillissant, on n’était pas devenu un peu cons nous aussi ? Mourir la belle affaire, comme disait Brel, mais Vieillir… Alors, il a fallu que Charlie-Hebdo meurt pour de vrai, et d’une manière dégueulasse pour que ça nous réveille. Pour qu’il puisse renaitre de son sang. Les connards de complotistes n’ont-ils jamais pensé qu’ils l’avaient fait exprès pour relancer leur canard ? Zemmour serait même capable de démontrer dans son verbiage que ce n’était ni plus ni moins qu’un suicide français et programmé. Oui, il a fallu qu’il soit kalaché Charlie-Hebdo pour qu’ils, les cons et les autres, ceux qui ne savaient même pas à quoi il servait Charlie-Hebdo, s’aperçoivent combien il nous aidait à respirer Charlie, combien, lui, nous empêchait de nous asphyxier. Il nous faisait du bouche à bouche Charlie-Hebdo…

J’ai enfin eu le numéro d’après. Etait-ce nécessaire que je le lise ? J’avais la tombe avec moi, l’urne, la stèle des héros de ma jeunesse. J’avais entre les mains, le lendemain, et je me disais combien ça allait être dur maintenant d’être dans la marge … Mais je savais que même si j’activais l’appli nostalgie et regrets éternels, ce serait désormais très dur de respirer sans le bouche à bouche de Charlie. Mais bon… je pense qu’on peut y arriver. Comment c’était déjà la chanson des mecs qui prenait le maquis ? ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place… Ouais c’est ça… et comment il disait Vian dans l’original du déserteur ? Si vous me poursuivez prévenez vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer… Là c’est pire, l’arme, c’est un crayon et je pense que c’est pas ce qui manque des mecs avec des crayons… non ? Soit pour écrire, soit pour dessiner… Et surtout visez le coeur pour l’émotion et les tripes pour se marrer …

 

Copyright ALBERT LABBOUZ… désespoir productions… Janvier 2015

 

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IL FAUT QUE TU LEUR DISES MOHAMED…

Il faut que tu leur dises Mohamed que Tuer n’est pas t’aimer

Il faut que tu leur apprennes Mohamed que Rire n’est pas t’offenser

Il faut que tu leur expliques Mohamed que vouloir régner n’est pas partager

Il faut que tu leur redises Mohamed de mieux lire que ce que tu leur as écrit

Il faut que tu insistes Mohamed pour leur répéter que le progrès n’est pas un péché

que le savoir est une délivrance

que l’égalité est une espérance

que l’amour des hommes et des femmes c’est pareil

Et que la Mort n’est pas une victoire.

Il faut leur inculquer Mohamed qu’ils t’offensent, qu’ils offensent et même anéantissent leurs semblables, leurs frères, leurs soeurs et leur famille quand ils massacrent en Ton Nom.

Dis leur Mohamed ! Il faut que tu leur dises.

Copyright Albert Labbouz pour désespoir productions.  7 Janvier 2015

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