RIEN À VOIR AVEC LA CHANCE…

Devenir un artiste n’a rien à voir avec la chance; mais avec le désir et du travail…

Je suis entrain de lire LIFE, la biographie de Kheith Richards, le guitariste leader des Rolling Stones. Les quatre premiers chapitres sur son enfance et le début de son adolescence passées à Dartford près de Londres sont passionnants. Ils me confortent (dois je le répéter encore ?) qu’on ne devient pas un artiste par chance pour un hasard heureux ou/et malheureux.

Fils unique d’une famille pauvre et pas très unie, Keith dans les années 50 ne rêve pas. Son grand père Gus gratouille une vieille guitare. Lui, Il aime le blues de Chicago. Il aime des bluesmen comme Muddy Waters, Howling Wolf, Lighting Hopkins, Buddy Guy,.. En fait il aime le son que ces musiciens produisent. Il entend un jour Heartbreak hotel sur la radio qui grésille et qui capte mal Radio Luxembourg. Dès lors il n’a de cesse que de vouloir en grandissant jouer aussi bien que tous ceux qu’il admire, et dont il traque les sons sur des radio minimalistes. Juste reproduire quasiment à l’identique, rien de de plus. Il ne sait pas jouer de guitare et l’approche de la musique ne se fait qu’au travers des quelques accords que lui apprend son grand père Gus, et particulièrement par le morceau « Malaguena »… Mais il va pouvoir s’acheter une guitare bon marché à cordes nylon. Il ne cherche pas à devenir un artiste, juste égaler ses maitres à jouer… et ils sont nombreux, Chuck Berry arrivant en tête de liste. Il se forge une véritable palette de maitres en essayant de comprendre comment ils font pour sortir de tels sons de leurs instruments et de toucher l’âme de de celui qu’il écoute. Faire pareil c’est tout… C’est tout ce qu’il veut.

Et ceci est fondamental pour moi aussi. On ne peut pas écrire, composer, peindre, sculpter, danser, sinon n’a pas des références, des maîtres que l’on veut égaler. imiter, copier est la base, je pense. Reproduire à l’identique est le B.A-BA. On ne se balance pas poète, écrivain, sculpteur, peintre, cinéaste, comédien, musicien…, si on en a pas le désir d’abord, et si ensuite en n’essaie pas à force de travail, d’acharnement répétitifs de reproduire ceux qu’on aime au point de s’y confondre un jour et de se superposer et pourquoi pas, de les égaler… Keith Richards n’a pas cherché à être ou devenir  une vedette de la guitare électrique.. Au début, il voulait juste jouer comme ceux qu’il admirait, être leur égal techniquement.

De nos jours, de notre siècle, le moindre mec qui monte sur scène se prend très vite pour un show man, un comédien. Le moindre gugusse qui couche quelques malheureuses lignes sur une feuille blanche avec des jeux de sonorités lexicales, se balance rappeur ou slameur, juste parce qu’il fait sonner deux ou trois mots côte à côte, et ressasse des thèmes éculés sur la révolte, l’amour ou le mal de vivre, le destin … Une caméra vidéo numérique et voilà que certains s’imaginent cinéastes ou vidéastes. Trois griffes de pinceaux sur une toile et d’autres sont Kandinsky ou Picasso. Pour peu qu’un faiseur de fric se balance producteur et voilà nos artistes nés comme des champignons sur du fumier, comme des paramécies sur des eaux stagnantes; penser qu’ils confinent au génie parce que les voilà éclairés par des projecteurs de pognon devant un public qu’on a matraqué à coups de pubs et d’attaché(e)s de presse. Mais, derrière ces pseudos artistes, un talent vaseux, aucun génie ou alors quelques flash fugaces par ci, par là.

Tous les grands artistes sont les héritiers, les descendants d’artistes eux mêmes descendants d’autres artistes, qui se sont damnés pour vivre de leur art en bossant, en écumant leur vie au point de la perdre parfois. Tous s’étaient réclamés avec raison de maîtres qui leur avaient ouvert la voie, la voix, qui leur avaient tenu la plume ou le pinceau…

Croyez vous que Modigliani ait été Modigliani sans se référer à Toulouse-Lautrec ou Paul Cézanne ? Bukowski sans Dosteiëvski de qui il se réclamait ? Scorsese sans Cassavetes ? Elvis  sans les chants d’esclaves vendus par des Négriers ? Les Beatles sans Elvis ? Renaud, Souchon, Cabrel, Le Forestier, sans Brassens. Brassens lui-même, sans François Villon, Jean Richepin et les classiques? François Béranger sans Félix Leclerc? Bob Dylan sans Woody Guthrie ? La Fontaine sans Esope ? Molière sans le théâtre Grec ? Ferré sans Baudelaire, Aragon, Villon ? Leonard Cohen sans Irving Layton ou Garcia Lorca ?  La liste est interminable, non exhaustive. À chaque créateur artistique peut être associé, celui ou celle qui l’a influencé et qu’il a essayé, non de plagier, mais de se rapprocher au plus près. On ne compte pas le nombre d’écrivains ayant voulu écrire comme ce salaud génial de Céline ?  À chaque artiste dans sa spécialité, il y a des maîtres, des précurseurs et le désir d’être au même niveau à force d’acharnement, de travail. 

Les artistes nés d’un génération spontanée due à une époque, un concours de circonstances, un coup à faire n’ont aucune consistance sinon celle que le fric dépensé par leur(s) producteur(s)  (trice), et qui leur donne l’illusion d’être dans la cour des grands ou légal des monstres de l’Art. A fortiori quand, prématurément une récompense, une médaille un trophée vient de sûrcroit les conforter dans cette grande illusion. Souvent, très souvent, les plus grands passés à la postérité n’ont jamais ni été récompensés, ni décorés, ni adoubés. Certains ont refusé ces honneurs; Sartre reste le plus célèbre avec son refus du Prix Nobel de littérature.

Nombre de Jazzmens ont cherché toute leur vie la « Note bleue », comme les chevaliers de la table ronde ont cherché le Saint Graal. Il en va de même de celui qui se dit artiste: atteindre le Nirvana de la création est un chemin fait d’humilité, de labeur et de détachement du matériel qui va du fric au confort matérialiste. il en va d’abord de leur survie. Sans Création, ils meurent.

Dans ma pseudo démonstration sans prétention, certes je pense à des « artistes » entre guillemets, reconnus, adulés et installés dans leur notoriété. Des artistes de tous genres: musique, théâtre, cinéma, écrivains, poètes, (rappeurs, slameurs), peintres… Ma tête de turc la plus connue est naturellement Marc Lévy dont je ne rate jamais une occasion de moucher.Je ne citerai pas les autres. Mais beaucoup dans tous les domaines, me hérissent le poil et je ne suis pas loin de sentir quelque chose de l’ordre de l’injustice pour tous ceux et celles qui bossent et bossent encore pour frôler la note bleue, la phrase divine, l’émotion suprême.

Je sais qu’on me classe parfois dans le clan des aigris… mais, je n’ai jamais eu la prétention de savoir composer ou écrire ( essais, nouvelles, théâtre, chansons, articles, romans…) J’ai voulu juste, moi aussi, à un moment ou à un autre côtoyer par leur style tout en essayant d’avoir le mien, ceux et celles qui m’ont fait écrire ou chanter; les approcher par mon travail pour juste à mon niveau, transmettre un ressenti, une émotion, une tranche de vie. Et j’ai toujours été chapeau bas, envers ceux qui m’ont aidé sur ce chemin. Brassens, Cohen, Fante, Bukowski, Modiano, Djian ( 1ere période) Ferré, Cartier-Bresson, Diane Airbus, Marc Pataut, CharlElie Couture, Philip Roth, Paul Auster (1 ere période), Lacan, Freud, Springsteen, Dylan, Woody Guthrie, Romain Gary, Pete Seeger, Molière, Peter Brook, Philippe Léotard, Higelin, Moustaki, Béranger. Je les cite comme ça me vient, sans mettre une quelconque hiérarchie dans leur travail ou leur influence.

Que serais je sans eux à la rencontre de qui je suis allé et qui d’une certaine manière sont venus à moi ? Sans doute rien de plus que maintenant, car je ne suis pas connu du plus grand nombre, mais je sais aussi et vous ne le savez pas, que même si je ne suis rien littérairement parlant ou musicalement chantant, ils m’ont permis d’avancer sur le chemin de la création et je suis heureux de ne pas me regarder dans un miroir aux alouettes éclairé par des faiseurs de fric manipulateurs. Je sais aussi que grâce à eux, certains de mes écrits ( roman, nouvelles, chansons, théâtre…) ont touché à un moment de leur vie, certain(e)s inconnu(e)s qui ont osé tourner le dos, un instant aux marchands, aux marketteurs, à l’illusion médiatique pour prendre le risque de découvrir quelques unes de mes phrases, de mes douleurs ou joies dispensées par un stylo, une machine à écrire, une guitare, un appareil photo, un ordinateur…

Que ce public dans l’ombre, s’il tombe sur ces malheureuses lignes venues de mes tripes, de mon trip et bien sûr des mes réflexions et de mon travail soit salué, remercié et béni.

COPYRIGHT Albert Labbouz pour desespoir productions. Août 2014

 

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