Dylan is Dylan… Vous ne le saviez pas ?

BOB DYLAN: Pavillon de Pantin 4 juillet 1975

« Je n’en crois pas mes yeux. je suis au premier rang, Dylan ne boude plus la France, il est sur scène, élégant, frisé sans sourires, mais heureux. je suis en bout de rang, mais je me lèverai à la fin et j’irai m’appuyer sur le rebord de la scène. Il arpente la scène pendant certaines chansons avec sa guitare, et à un moment, je n’ai pas rêvé, il vient au bord de la scène au bout de mon rang, et tout en tenant la rythmique sur le solo qu’égrène un de ses musiciens, il me regarde, oui, il me regarde ! Il est à peine à deux mètres de moi. Il peut me voir; il n’est pas ébloui par les projecteurs de face, et je le jure, il n’y a aucune mythomanie dans ce que j’écris là, il me fait un clin d’oeil, rien que pour moi. Dylan m’a reconnu, moi le fidèle d’entre les fidèles. Dylan est un humain qui sait reconnaitre ceux qui ne l’ont jamais laissé tomber. »

J’ai écrit cela page 59 de Rencontres Etoilées ( éditions Grrr… art) et dans mon dernier livre  » D’être libres, un jour, mon amour… » (éditions Grrr…art) Après les exergues figure une chanson de Dylan:  » This wheel’s on fire » et ce n’est pas pour rien. (  livres disponibles sur grrrart-éditions.fr)

Et voilà que 41 ans après, Dylan reçoit le Prix Nobel de Littérature. Cette haute distinction que reçut un autre de mes maîtres à écrire Patrick Modiano, c’était comme si j’en recevais un petit bout. Oui, car que serais je sans Dylan qui vint à ma rencontre il y a près de 50 ans ? J’ai voulu chanter comme lui, composer comme lui, vivre comme lui. Dylan est le premier à m’avoir fait chanteur, auteur, poête et écrivain peut-être ? Ah… J’étais bien vieux alors, je suis plus jeune aujourd’hui pour paraphraser une de ses chansons: My back pages. Oui, Dylan a rajeuni mon adolescence tourmentée, comme un Rimbaud errant. Il est devenu l’homme orchestre (« hey Mister Tambourine man ») qui a guidé mes pas. Bien sûr, d’autres sont venus après ou pendant: Leonard Cohen, Georges Brassens ou Bruce Springsteen… Mais il a été le premier. Dylan a ouvert les portes de l’Eden (Gates of Eden) de ma création, derrière ces portes, comme il le dit, pas de tribunaux et on peut sourire… J’ai marché avec lui sous une pluie lourde ( Hard rain is donna fall) et j’ai attendu que le bateau ( when the ships comes in) arrive pour que mes temps changent ( Times they’re a changent’). Quand mes amoureuses m’ont laissé tomber comme lui j’ai hurlé  que ce n’était pas moi qu’elles avaient cherché ( It’ ain’t me babe…NO. NO. NO.) Et pareilles à ces errantes je me suis souvent senti comme une pierre qui roule en me demandant quel effet ça fait d’être sans abri sous la tempête (shelter from the storm) comme un anonyme ordinaire (tire original de mes rencontres étoilées) sans espoir de retour… ( How does it feel to be without home like incomplete unknown with no direction home. Like  a rolling stone.) J’ai du aussi survivre au Joker, au voleur du haut de ma tour du guet ( All along the watchtower) et j’ai du aussi parfois avoir à dénoncer les crimes commis avec dieu à nos côtés ( God on our sides) et pleurer sur la mort d’innocents dans des taudis sinistres ou discriminés pour leur couleur de peau…( Hollis Brown, Hattie Carol) J’en ai fait  des cauchemars psychomoteurs que je numérotais, parfois j’ai même frisé la parano comme cette homme maigre ( Ballad of Thin Man). Mais Dylan Merci, je savais que l’amour était un mot de cinq lettres ( love is a word of 5 letters.) En écrivant tout ceci, je m’aperçois qu’il était là toujours dans l’ombre comme un guide, même si parfois je lui ai fait des reproches sur des disques moins bons ou des positions équivoques, comme sa pseudo conversion au catholicisme avec ce disque à la pochette affreuse (Saved) ou ses attitudes sur scène, de dos, changeant la musicalité de ses chansons, ses sourires et son manque de chaleur parfois auprès du public. Mais quand on est entier, doit on faire des concessions ?L’essentiel ne résidait il pas dans le contenu dans ces pages, dans ces écrits nombreux, dans ses poèmes symboliques, ses vers énigmatiques… L’essentiel n’était il pas d’éclairer le monde. Ah… vous les jeunes du XXI e siècle, férus de musiques, de rap, de slam,  de différences et pour certains de révoltes, vous ne vous doutez pas de ce que vous devez à un pareil homme! Certains s’offusquent de cette récompense prestigieuse qu’on lui a attribué, mais moi je m’offusque de voir porter aux nues de pseudos poètes, de faux créateurs dont les écritures sont autant de copiés-collés mal agencés et mal corrigés par de piètres correcteur orthographique. Des arlequins drivés par des faiseurs de sous et des chiffonniers décrivant des cercles autour des pâtés de maisons. Tous sont coincés encore avec  le Blues de Memphis ( Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again.) Ne me demandez pas de citer des noms… Nous en avons tous quelques uns en tête. Suivez juste mon regard. Dois je le réécrire ici encore et encore, rien à voir avec la chance ( relisez mon article à ce sujet sur ce blog). On ne naît pas poète, écrivain, peintre ou sculpteur, artiste. Il y a dans toute forme de création comme une urgence à vivre malgré tout, à transmettre, et surtout surtout à éveiller les consciences. Mais j’ai déjà écrit tout cela, dit tout cela. Dylan n’a pas été le messie, mais presque. Il a été un prophète, un apôtre aussi, au choix. Il suffisait de le lire, ou de lire les traductions de ses écrits. Cela va au delà de la poésie.… Qui lui arrive, en France à l’orteil ? Ok… Ok… On va me dire que je manque d’objectivité,  que je suis aigri ou que sais je d’autre, et on va aussi me demander qui je suis pour oser dire tout cela. Dylan va répondre à ma place:

I shall be released.

En voici une traduction extraite de BOB DYLAN LYRICS chansons de 1962-2001 chez Fayard.

  • On dit que tout peut être remplacé
  • Mais toute distance n’est pas proche
  • Et je me rappelle le visage
  • de chaque homme qui m’a mis là
  • je vois ma lumière briller
  • Depuis l’ouest jusque vers l’Est
  • D’un jour à l’autre, d’un jour à l’autre
  • Je serai libéré
  • On dit qu’à tout homme il faut protection
  • Que tout homme doit chuter
  • mais je jure que je vois mon reflet
  • Très loin au dessus de ce mur
  • je vois ma lumière briller
    Depuis l’ouest jusque vers l’Est
    D’un jour à l’autre, d’un jour à l’autre
    Je serai libéré
  • Près de moi dans cette foule solitaire
  • Un homme jure que ce n’est pas de sa faute
  • Tous le jour j’entends ses cris si forts
  • Il crie que c’est un coup monté
  • je vois ma lumière briller
    Depuis l’ouest jusque vers l’Est
    D’un jour à l’autre, d’un jour à l’autre
    Je serai libéré ( i shall be released)

Oui… Dylan nous a libéré et nous ne le savions pas. Vous ne le saviez pas ! Il est temps de reprendre la route avec dignité ( On the road again… Dignity)

Copyright Albert Labbouz pour désespoir Productions 14 Novembre 2016

( les chansons en italiques sont toutes de Bob Dylan…)

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