Tiens… j’ai dit Tiens !

Jack in the box ! Higelin s’en est allé. Et je savais que cela me ferait autant mal que le départ de Leonard. Mais bon. Si Leonard entretenait mes blues, Higelin lui, me les effaçait. Quand j’allais mal, quand je n’avais pas la pêche, quand les mauvaises ombres de la vie me chahutaient, le remède c’était Higelin. Il avait le don, la grâce de me remettre sur pied. Médecin de mes états d’âme d’âne…

Tout avait commencé avec Brigitte Fontaine, Arezki et lui… chez Saravah de Pierre Barouh, ces années où on avait envie de ne rien faire. « Chope la soupape Leslie !…Chope la soupape ! Remember…

« Je mourrai dans une voiture carbonisée, la portière ne voudra pas s’ouvrir, et je hurlerai. Tu apprendras ma mort, atroce, par un ami, par les journeaux ou par la poste, alors …
Alors tu t’souviendras, que nous avons fait l’amour, remenber, que je pleurais de plaisir, et que ma peau, était douce et vivante à la paume de tes mains, alors …
Alors tu voudras, recommencer, tu auras une envie folle, immédiate, de recommencer, et tu sauras que quoi je parles, en ce moment précis, alors ... »

Déjà la mort avant même la vie… Et même » cet enfant que je t’avais fait… qu’en as tu fait ?  » Elle était là… La mort… Mais c’est cette garce qui finalement le faisait vivre… Il savait la niquer la Mort, Jacquot, jouer avec elle, l’amadouer:

« ceux qui n’ont jamais croqué de la veuve,les bordés d’nouilles les petits rats blancspeuvent pas savoir ce qui gigote dans les trous du défunt cerveau quand sa moitié dépose une botte de roses sur l’chardon du terreau« , se foutre de sa gueule… jusqu’à lui offrir Champagne…

Ouvrez mon sarcophage
Et vous pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir nous sommes attendus dans les marécages

Voici mon message
Cauchemars, fantômes et squelettes
Laissez flotter vos idées noires
Près de la mare aux oubliettes
Tenue du suaire obligatoire…

C’était surtout la vie, qui l’animait Jacques. À la cartoucherie de Vincennes en 73, on était allés Françoise et moi, il devait y avoir Higelin avec des tas d’autres: Melina Mercouri, François Béranger, Gilles Vigneault, Moustaki… 6 heures pour la Grèce ou quelque chose comme ça. Nous  on attendait  Jacques Higelin… On a croisé Brigitte Fontaine, on lui a demandé :  » il n’est pas là Jacques ? » Elle ne savait pas. On s’est assis par terre devant des babas qui fumaient de l’herbe roulée dans du papier journal. Il est arrivé guitare en bandoulière habillé bleu de jean’s. Il a gratouillé des accords, quelques minutes, sans sortir une parole et il a commencé, je me rappelle ses mots comme si c’était hier… » La première révolution que doit faire un bébé en sortant de sa mère … » et puis et il a dit hilare  » J’en ai marre, j’m’casse… » Et il est parti… Libre… ça avait duré montre en main 5 mn à tout casser. On en est resté cois, Françoise et moi. Un baba a dit devant nous, hilare, lui aussi…  » Il est stone… » On a ri Françoise et Moi. Oui, c’était lui, notre Higelin. Cet homme obligé de rien et qui fait ce qu’il veut. En rentrant on s’est remis sur la platine « Six pieds en l’air… » Cartoucherie de Vincennes 1973  Alertez les bébés

Doux, tout  doucement
 Je me balance
Tout abandonné
 Aux caprices des vents.
Les yeux grands ouverts
Je sombre dans l’enfance
Quand elle m e berçait
Dans ses bras, ma maman
Doux, tout doucement
Vient l’exquise jouissance
Qui m’arrache l’échine
De son spasme brûlant.
Pâle, abandonné
A ma seule innocence,
Dernier râle d’amour,
Je prends du bon temps.
Doux, tout doucement
Voici l’aube qui point.
Doux, tout doucement
Le soleil fait un signe.
Il viendra tantôt
Me réchauffer les flancs
Noircir ce grand corps
Tout gonflé de vermines.
Doux, tout doucement
La corde me ronge.
Mon esprit tantôt
S’en va quitter mon corps.
Puis ma tête ira
se rafraîchir à l’ombre
au pied du gibet où je pends
Tristement
Cru cruellement
les corbeaux incrédules
vont me becqueter les yeux
bouffer mes ornements
se remplir la panse
de ma sombre infortune
gaver leurs petits
des restes du mourant
Doux, tout doucement
Je me balance
Tout abandonné
Aux caprices des vents.
Les yeux grands ouverts
Je sombre dans l’enfance
Quand elle me berçait
Dans ses bras, ma maman.

La Mort… La Mort toujours recommencée… comme pour l’apprivoiser…

Et Jacques Higelin convoqua le Rock en France… BBH 75… La claque de la claque. Pour nous cette jeunesse des années 70…  Deux rencontres avec lui. la première au pop club de José Artur à la Maison de la Radio … je la raconte dans mes rencontres étoilées page 49 et 50. Et une autre au Pavillon de Pantin, futur Zenith… très tard le soir un autre festival il attend son tour pour passer. il fait les 100 pas près des loges, il est habillé en cuir tout en cuir. Perfecto… Il a une Fender rouge, les cheveux courts devant longs derrière à la Bowie Aladdin Sane. Et Il met le feu… aux paumés du petit matin qui sont restés pour lui.`

Pavillon de Pantin 1975 est ce que ma guitare est un fusil ?

Des concerts d’Higelin j’en ai vu des centaines et des centaines, même dans des lieux improbables.  En vrac… Souvenirs… Au cabaret Campagne Première où son batteur Michel Santangelli étant absent, il a fait lui même avec sa voix la batterie quand elle intervenait. Souvenirs… dans un cinéma de province dans une banlieue paumée de la province en question, un trou du cul du monde. Il se jette dans la foule assise sur les vieux fauteuils en cuir rouge du cinéma et atterrit sur les genoux de mon pote Yoyo. Et il continue comme ça en chopant Yoyo par le cou près à lui rouler un patin. Yoyo me dira après le concert: « Il sentait vachement la transpiration. »

Sur les genoux de Yoyo ( 1975? 76?)

Souvenir au cinéma Marcadet détruit depuis, un concert où il oublies chose rare les paroles d’une chanson. je suis au premier rang et je lui crie les paroles. Il me répond: Merci Monsieur…vous avez gagné le droit de vous taire. Souvenir. Forum des Cholettes, au moment de la présentation des musiciens, le batteur ne fait pas le solo, et le public siffle…et Higelin leur dit: » Le singe au zoo n’est pas obligé de manger les cacahuètes que lancent les badauds… » Souvenirs encore. palais de la Mutualité. Pierre Louis, un ami, me dit : »tu te rends compte ? On a un mec comme Higelin mon pote en France ! Higelin … Aussi bien que les ricains… Même mieux… » Mis bout à bout les concerts d’Higelin me permettrait de faire deux fois ou trois fois le tour de la terre dans mon aéroplane blindé. Souvenirs… Higelin répète en public dans la petite salle de quartier de l’espace Renaudie à Aubervilliers. Souvenirs aléatoires: au cirque d’hiver, Au Rex, au Théâtre de la Mer à Golfe Juan, à la fête de l’Huma, aux folies bergères, à Mogador, à Bercy, au Zenith, au Palais des sports, à la grande halle de La villette, à  l’espace Renaudie à Aubervilliers, au Bataclan, au forum de Blanc Mesnil, à la Philharmonie … ? Il a jalonné ma vie le Higelin, il a ponctué mes peines, mes amours, mes déceptions, mes amitiés. Comment disent ceux qui savent écrire ? Il était le grand frère que je n’ai pas eu ? le père qui m’a manqué ? le pote indéfectible ? Savait-il Higelin combien du bien il nous a fait, il m’a fait ? Il m’a même appris à aimer Trénet moi qui n’était pas un fan…

Mis à part Bruce Springsteen, je ne connais pas d’autre artiste capable de tenir plus de 4 heures et de tenir la salle, de nous tenir entre émotions, Rock, contes et légendes, déconnades, impros … Comment disent ceux qui savent écrire  et qui se croient artistes ou poêtes? On était en communion,  en osmose, concert chamanisme ? … Non… rien de tout cela on vivait… On faisait la nique à la mort… Il l’a chanté lui même notre pote Crabouif…  » La mort est le berceau de la vie… » Son coeur continue de battre comble cour de ses frères d’amour et de colère à travers le sien…

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre
Tournent les machines
Qui s’encrassent et se détraquent
Se calaminent
Et souvent tombent en panne
Vingt-quatre heures sur vingt-quatre
Mon cœur bat

Mon cœur bat
Et quand il tombera en panne
Surtout ne t’inquiète pas
Car le tien continuera de battre
Comme le cœur de mes frères
D’amour et de colère
A travers le mien
O bébé

La mort est toujours proche
La mort est toujours là
J’ai l’cerveau qui résonne
Comme une vieille cloche félée
baby bébé

Avec sa guitare comme un fusil, il nous a descendu quand ça lui a chanté et pour notre plus grand bonheur. Maintant je le sais, le savez vous ? …  Moi, je l’ai toujours su, même après son départ dans son banlieue Boogie Woogie Blues.

« Si un ami vient à manquer … on peut toujours compter sur lui »

Copyright Albert Labbouz Pour désespoir Productions 6 avril 2018crédits photos: Copyright Albert Labbouz

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Un commentaire pour Tiens… j’ai dit Tiens !

  1. mariepauletruelbelmas dit :

    Bravo Albert ton hommage à Jacques Higelin est sublime. La dernière fois que je l’ai vu c’était au cirque d’hiver. Il avait fini par un boeuf avec mon ami Pierre Bensusan. On était en train de se séparer avec Pierre…Marie Paule 

    Envoyé depuis mon smartphone Samsung Galaxy.

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