Ma mère 28 Mars 2019

Je devais lire ça ce jour à l’enterrement de ma mère . Mais les circonstances ont fait que je n’ai pas pu le faire… je vous livre le texte ici… qui ne sera pas partagé ni sur Facebook ni sur twitter… J’en informerai via sms ou mail celles et ceux qui ne Sont pas abonné à mon blog…

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« Dans les yeux de ma mère y a toujours une lumière. » Je cite ce vers d’Arno, car il s’applique merveilleusement bien à ma mère. Et cette lumière permanente, faisait qu’elle rayonnait sur tous ceux et toutes celles qui l’ont approchée.

Elle ne jouait pas à être gentille pour être à tout prix aimée, elle était aimée de tous et de toutes qui ont croisé son chemin. (Amies, voisins, voisines, femmes de ménage, aide soignantes,  dame de compagnie) Sa gentillesse, sa tolérance, son ouverture d’esprit, sa fraternité, sa tendresse dans sa voix n’était pas comédie ou faux semblant. Personne ici ne peut dire le contraire. Sa douceur, sa gentillesse  deviendront une légende.

Elle a perdu sa mère à 5 ans, élevée par sa sœur ainée, mariée à 16 ans pour échapper à une marâtre comme elle disait, elle a eu une vie souvent chaotique, mais elle disait :

« c’est toi qui doit gagner pas ce qui te fait du mal ! »

Ma mère a aimé sa famille, toute sa famille même si dans certains moments, la vie n’a pas été facile,  comme après le départ d’Oran. Elle a mené sa famille sans faillir, sans égoïsme, sans jeter l’éponge une seule fois, sans chercher de responsable à sa fatigue parfois …  sans fuir… « Tout passe… » Disait elle…Elle a su affronter, les tournants critiques qui ont pu exister avec mon père. Elle a su les surmonter, les dépasser, parce qu’elle nous aimait, parce qu’elle ne voulait pas de défaite sur quelque plan que ce soit. Ni conjugal, ni familial. Un vrai capitaine de navire qui ne s’en va pas parce que parfois le bateau peut prendre l’eau … Elle disait :

«  Dans tout faut en prendre et en laisser… Autant en emporte le vent… »

Des nouvelles vies, ma mère en a eu plus d’une mais jamais sans abandonner, ni prendre l’un de nous, mon père ou un de ses enfants, pour un bouc émissaire responsable, de ses difficultés, de ses états d’âme qu’elle cachait quelque fois … Et quand les choses étaient profondes, ma mère avait un truc à elle : elle chantait, des chansons qui nous resteront dans la tête, toute notre vie. Ma mère adorait rire aussi, et ne manquait jamais une occasion de le faire entendre. Ses couscous, ses plats de là bas, ses pâtes au bouillon, ses cigares et ses moukrouds personne ne saura les faire comme elle, même si à sa manière elle nous expliquait comment faire :

« Tu prends une poignée de ça, et tu vois… tu mélanges un petit peu… »

Tout approximatif…mais le résultat n’avait pas son pareil ! N’allait pas croire qu’elle se dévouait et faisait ce qu’elle avait à faire sous la contrainte ou avec dégoût. … Juste pour faire plaisir, pour le bonheur… pour le partage…

Ma mère a été une femme libre et nous a permis de l’être aussi dans nos choix, sans jugement. Elle faisait pour le bien de tous et de toutes et parce que ça lui faisait plaisir pour que nous puissions être : « mieux qu’eux… et du moment que je vous sais heureux…» comme elle disait. Plus qu’altruiste, ma mère était ouverte au monde, à la nouveauté, c’était une passionnée de comprendre : « montre moi, je ne suis pas plus bête qu’une autre… Si j’avais connu tout ça quand j’étais jeune, soupirait elle… » Elle adorait apprendre, ne pas se laisser dépasser.  En Algérie, toute jeune, elle lavait les tenues des soldats partis en guerre : culottière à 15 ans. Elle a appris à conduire à plus de 50  ans, couturière, vendeuse à Prisunic, elle a tenu une brûlerie de café, elle a voyagé même si trop tard, elle a dit à mon fils :

«  Emmène moi avec toi en Amérique… L’Amérique l l’Amérique je veux la voir et je l’aurai ! »

Ses petits enfants et ses arrières petits enfants étaient ses bonheurs qui faisaient sa fierté. Qui d’entre elles ou d’entre eux ne lui a pas entendu dire :

« C’est la joie, ça, la lumière ! Napebèsek, Que Dieu vous protège » ?

Quant à nous ses enfants, elle nous savait différents, mais ne faisaient pas de différence respectant la personnalité de chacun. « Chacun est comme il est… chacun fait comme il pense… » Même si parfois elle a pu dire sur la fin quand la sénilité commençait à prendre le dessus, que j’étais méchant, elle ne manquait pas d’ajouter que j’avais bon fond et qu’elle m’adorait. Son gendre et ses belles filles même temporaires, elle les a aimées comme ses propres enfants, et jamais elle n’a eu le sentiment que l’un ou l’unes d’elles agissaient avec elle autrement que parce qu’elle était aimée.

C’étaient aussi ses enfants qui lui avaient donné, sa descendance, son arrière descendance et son arrière arrière descendance. Et cette descendance n’oubliera jamais ce qu’elle leur a transmis quand parfois ils ou elles doutaient de leur avenir ou de leurs choix. Petits enfants, arrière petits enfants, ils se tournaient vers elle pour chercher un conseil, une sagesse… ou bien quand ils voulaient retrouver le goût d’un plat ou d’une douceur sucrée. C’étaient une mère juive qui n’a jamais empêché de laisser prendre leur envol à toute sa famille. Personne ici ne peut témoigner de méchanceté, de ragots, ou d’hypocrisie qu’elle ait pu avoir envers qui que ce soit ! Je souhaite à toutes les mères, grand-mère et arrière grand mère ici d’être ce genre de grand mère, d’arrière grand mère, de mère juive quelque soit leur confession.

Elle s’en va après une longue agonie, elle qui disait à un moment en s’appuyant sur sa béquille, la « canne de Jeanne: » « Ô vieillesse ennemie… » Et rajoutait : «  heureusement que j’ai toute ma tête ! » Même si sa tête l’a parfois abandonné ces dernières années, des sursauts d’humour, des réparties bien à propos démontraient que si l’immédiateté des choses lui échappait, en tous les cas les bonnes répliques humoristiques à point nommées pouvaient fuser. Et ça nous faisait rire. Jusqu’à ces derniers temps, elle qui avait joué le rôle d’Esther sur scène pouvait réciter par cœur une tirade de Racine apprise dans son enfance. J’en avais été soufflé. Quelle comédienne ou actrice elle aurait pu être ! J’en suis sûr !

Nous sommes tristes et accablés de la voir partir, même si d’autres sont partis plus jeunes qu’elles, elle qui réclamait tant ce départ les derniers temps, mais nous savons que comme on dit chez nous les JUIFS, si Dieu veut, elle s’en va retrouver mon père, mon grand père, mes oncles et tantes, ses cousins et cousines, sa mère qu’elle a peine connu, son père, sa sœur qui l’a élevée, Mme Dahan son amie, et ses nièces et neveux disparus qui l’appelaient tata Luluce, et bien sûr mes sœurs Viviane et Sylvie qui n’ont pas eu le temps de vivre… et qu’elle n’a pas eu le temps de connaître et d’élever…

Avec ma mère c’est plus qu’une époque qui s’en va. C’est le dernier mur de Jérusalem qui s’écroule, plus qu’un pan de notre vie.

Mon père qui l’avait surnommé l’avocat des pauvres aurait dit :

«  C’est le dernier des Mohicans… »

Gardons Mamy, Grand Mamy, Lucienne, Mezaltoub, Luluce, Tata, Mme Labbouz en mémoire et appliquons ce qu’elle disait :

«  Ne leur montre pas que tu as mal soit plus fort qu’eux, tu as tout pour réussir ! »

Je souhaite à tous les jeunes ici présents et qui ont encore leur grand-mère d’avoir une grand-mère, une arrière-grand mère, une mamy… une grand-mamy, comme ma mère a su l’être sans faire semblant d’aimer ! Sans tricher … et sans résignation.

Quelle résistance, quelle force d’avoir lutter pour ne pas abandonner, pour ne pas nous abandonner, pour vaincre ces derniers mois où les portes du paradis ne lui étaient pas encore ouvertes. Sans boire et sans manger, elle avait la force de sourire, de dire encore qui fallait qu’on l’aide à traverser la route… Ma sœur a donné plus que de raison pour l’aider, être là à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, ma belle sœur et mon frère ne comptaient pas leur temps pour lui montrer qu’eux aussi étaient là … Et moi… et moi… et moi… j’ai fait comme j’ai pu, comme je pouvais, même si parfois de la voir se dégrader me mettait en colère. Béatrice, Thierry, Ghyslaine Hervé, Daniel, Pascale, Etienne, Lucas ; ses petites enfants auront tous quelque chose à vous raconter sur leur grand-mère, sur ses paroles, sur ses bons mots, sur ses pointes d’humour. Ses arrières petits enfants (il y en a trop, je ne peux les citer sans risquer d’en oublier un ou une): Mais de Michael, le plus grand  à Shirell, la toute dernière…Leur grand Mamy était quelqu’un de précieux… Un joyau…

Son gendre et ses belles filles. De Guy à Simone et aussi Magali témoigneraient de l’extraordinaire femme qu’elle était.

Maman, Regarde d’où tu es, ce monde là pour toi….  Et ceux qui n’on pas pu venir ; savent qu’à 15 heures leurs pensées se tourneront vers toi… vers nous…

Je suis désolé mais je n’ai pas eu les droits de retransmission télévisuelle comme pour Johnny Hallyday … J’ai quand même envoyé une demande au pape pour que tu sois béatifié … On a l’humour tenace dans la famille surtout dans les pires moments …

Merci Man-man, Merci Mamy d’avoir été ce phare qui nous a conduit vers les bons ports, sur les bons quais.

« Je suis heureuse quand je vous vois tous autour de moi … ma famille… » Disais-tu fièrement.

Tu t’en vas, tu prends ton envol comme me l’a soufflé une amie d’un de tes petits enfants …  Vers la lumière … Nous on retourne dans le monde.

Tu n’as plus à demander ce que tu dois faire. Maintenant tu le sais : Repose en paix, continue de veiller sur nous et ne doute pas un seul instant que nous te porterons en nous dans notre cœur et dans notre âme éternellement. Tu es plus indélébile qu’un tatouage … Quelle que soit l’heure ou le moment, printemps été automne hiver, quand tu auras besoin de nous, tes enfants Charles, Sonia ou moi ta famille au sens large … On sera là pour toi et ne pense plus que tu n’oses pas le faire pour ne pas nous embêter. Tu ne nous as jamais embêté. « Une mère n’a pas d’âge » me disait hier un ami et un autre de 80 ans m’a écrit : « la perte d’une mère est un trou dans l’eau qui ne se referme pas »

On t’aimait, On t’aime, On t’aimera …

Au revoir Manman chérie…

Copyright Albert Labbouz pour désespoir productions 28 Mars 2019

 

 

 

 

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4 commentaires pour Ma mère 28 Mars 2019

  1. kikoute74 dit :

    Toutes mes condoléances, AlbertJe te souhaite l’apaisement au bout de ton  chemin de deuil.Catherine.Envoyé depuis mon smartphone Samsung Galaxy.

  2. mariepauletruelbelmas dit :

    Bonjour Albert,Je te souhaite beaucoup de courage pour affronter cette douloureuse épreuve. Ton texte est très beau. Je t’embrasse. MPEnvoyé depuis mon smartphone Samsung Galaxy.

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